nouvelle. Sterlann

Publié le par Paul Freval

SENS INTERNET
 
 
            On se met devant sa chaise. On allume l'ordinateur. Dans le cadre épuré, gris de l'appartement. Avant le déménagement, on se dit qu'on va parler avec des amis qui sont des à  des kilomètres; ou plutôt t’chater. Il y a le téléphone pour parler, il y a le t’chat pour converser sur le mode de la réplique théâtrale. C'est quelque chose de très troublant. Ce ne sont pas des scènes à négliger. Et sachez que la farce, la comédie se jouait avec le même trac, avec la même douleur que la tragédie. Savoir téléphoner et répondre au téléphone naturellement, en groupe, est devenu un savoir-faire de la société du téléphone mobile. Depuis les années 90, les ordinateurs avaient pris une place de plus en plus importante dans les vies, particulièrement chez les adolescents.
 
 
            Voici la petite histoire de Sterlan. C'était un matin d'hiver dans le sud de la Californie. Comme tous les dimanche, Sterlan accompagnait son père au match de Base Ball quand sur le chemin de la voiture le père de Sterlan, Bill Putagan fut pris d'un malaise. Une cynanthropie le pris : il fit le chien : « Ouaf ! Ouaf ! ». Sterlan resta digne et secoua son père. "On ira plutôt le week-end prochain" dit Bill d'une voix forte de gros chien de chasse. Sterlan décida d'aller sur Internet suivre les avancées du match. Sterlann avait dix sept ans et en ce matin d'hiver il allait faire un grand pas dans la découverte de la chair.
            Il cliqua sur l'icône tchat et fut pris très tôt dans un échange de répliques avec un interlocuteur appelé EVA and KIM, 26.  Eva et Kim étaient deux ravissantes jeunes femmes. Rapidement ils mirent en activité leur caméra et formèrent un trio qui commença par un tressaillement de Sterlan, qui se transforma rapidement en excitation.
             
             Sterlann commençait à sentir une barbe de trois jours s'affirmer.
           
             Une rencontre virtuelle. Il fut d'abord pris d'une nausée à l'émission de l'odeur diffusée par Odor système. On peut d'abord dire, même si le mot n'est pas exactement approprié, que le dégoût fut plus fort que l'attrait. Il avait été dérangé par ce que les projecteurs situés  au dessus de la Web Cam avaient dirigé vers son visage. On poserait sans doute une question bien indélicate en se demandant si le nez fonctionne réellement comme unique réceptacle des odeurs. Nous avons là affaire à une approximation du sens commun. Sterlann ne fumait pas. Il avait commencé le cannabis à quinze ans en fréquentant le club de football de la ville.
 
            Sterlann n’avait jamais ressenti une telle excitation. Sterlann à dix sept ans ne se sentait pas comme les jeunes de son âge qu’il côtoyait. Il sentait un fossé profond entre ses aspirations et la réalité. Son échappatoire consistait alors au spectacle hebdomadaire de match de basket et de base-ball. Son œil droit avait été transpercé à l’école par la pointe du compas d’une jeune camarade. Ce handicap ne le défigurait pas mais le décourageait profondément à concevoir toute activité physique. Il n’avait jamais embrassé une fille, et il ressentait parfois une certaine tristesse quand il voyait ses camarades de classes se promener avec de belles blondes sophistiquées.
            Il était plutôt efflanqué. Il mangeait le minimum. Son père après une carrière fulgurante dans le commerce de vin français, avait peu à peu perdu la raison. Il avait des accès assez brutaux de démence, plus ridicule aux yeux de son fils, que véritablement dangereux. Comme en ce début d’après midi, le père de Sterlann se mettait à prendre l’allure d’un chien. Parfois, il faisait le coq, le cheval, et tout un bestiaire qui parfois surprenait dans son originalité Sterlann, tandis que sa mère et sa sœur commençaient à vouer à l’encontre du père une pitié mêlée de haine. La mère de Sterlann n’avait jamais travaillé, et trouvait très difficile, depuis ces années, de devoir accompagner quotidiennement son mari. La sœur, quant elle, était une véritable pimbêche. Une forme de saloperie incroyable, presque tout à fait laide, qu’une perfection de la peau, et des tenues très aguichante, lui donnaient l’impression de plaire et de séduire. En gros elle jouait la petite salope, et elle avait pu dégoter un garçon de vingt cinq ans, qui travaillait dans un fast-food du centre ville, en attendant de gagner une compétition de surf, discipline dans laquelle il n’est pas déplacé de dire qu’il n’avait aucune chance.
           
Tandis que Sterlann commençait à se masturber devant son écran, sa sœur fit immersion dans sa chambre. Son surfeur la suivait de près. En bas la mère de Sterlann calmait son mari :
_ « Vas tu te taire, vilain chien !! Coucher !Coucher je t’ai dit ! »
 
A ce moment quelque chose se brisa dans l’esprit de Sterlann, et dans son corps aussi. Sur l’écran, Eva et Kim jouaient avec un double dong long d’un mètre, ce qui excita profondément le surfeur d’eau douce et la sœur de Sterlann qui ne fit même pas cas de l’état d’excitation de son frère.
 
Le cri de la mère fut net, et exprimait une douleur tranchante. La sœur descendit en vitesse. Sa mère gisait au sol dans un bain de sang, la gorge ouverte, et le visage griffé. Elle eût à peine le temps d’accompagner son  dernier souffle lorsque son père lui surgit et lui pris le cou à pleines dents.
 
Le corps de Bill Putagan était désormais recouvert d’un pelage de loup.Ses dents s’étaient allongées singulièrement. Le surfeur fut bouffé de la même manière, croqué avec la même folie animale, quasi monstrueuse.
 
Sterlann contemplait son père du haut des escaliers. Il le trouvait beau au centre des trois corps gisant.
 

Commenter cet article