Entretien avec Andy Vérol, revue Pari(s)deux

Publié le par Paul Freval


Entretien réalisé en 2007 par mail, pour la revue Pari(s) numéro deux




JG : Andy...Qui se cache derrière Andy Verol? Et d'abord comment ça va? Heureux d'écrire en ligne? Le blog, c'est du marketing ? Tu gères bien la relative célébrité naissante (à combien estime tu ton public d'ailleurs)?

 

AV : Derrière Andy Verol, il y a un pauvre type qui ne vaut pas la peine d'être connu... Ce qui est intéressant dans Superman, c'est Superman, pas le glandu qui bredouille lorsqu'il croise une gonzesse... Et donc ce sera Andy Verol qui répondra et te dit simplement, que ça ne va jamais assez bien... Tu es là, vautré sur un canapé, peinard, en caleçon. Tu ne fais rien. Tu te goinfres de nullités télés en grignotant des chips arôme barbecue ou poulet grillé, et là, en l'espace d'une seconde, tu te sens mal. Très mal. Il n'est pas une seconde de la vie qui ne soit envahie par cette étrange impression de vivre une existence à la con... Je ne connais pas de souffrances majeures en Occident. Je suis malade? J'ai la sécu pour payer et une médecine au top... J'ai plus une thune? J'ai quelques aides sociales qui me permettent de survivre avec un peu d'angoisse... Je me sens déprimé? Je m'enfile une bouteille de vin en prenant un bain. C'est si simple. Il est difficile d'expliquer à quel point c'est ennuyeux et con d'être un Occidental de ce début du XXI ième siècle (Je le rappelle pour qui ne s'en souviendrait pas). Alors je pourrais simplement m'investir dans la politique, dans des actions humanitaires, faire du théâtre, monter une entreprise de ventes de charité, ou faire des castings pour passer à la télé (j'ai passé l'âge je crois). Mais très sincèrement je suis plus ou moins passé par là, mais je suis blasé. D'ailleurs, de nombreuses personnes sont dans cet état. Les soirées sont ennuyeuses (on connaît inévitablement toutes les conversations depuis que l'on est quotidiennement abreuvé par des séries ahurissantes...).

 

Le blog, ce serait du marketing si je vendais quelque chose... Je m'occupe de ce type de support depuis 2001, mais c'est effectivement l'évolution vers le blog qui m'a permis d'intensifier le processus. Ça n'était pas mon intention au départ. J'écris depuis plus de 20 ans (ouep j'ai commencé à l'adolescence) et je n'ai jamais vraiment ressenti le besoin d'être connu... Tout du moins, pas dans l'écriture. Moi je voulais être une sorte de Sid Vicious lorsque j'avais 16-18 ans. Tu vois le genre... Il se trouve que je chantais bien pire encore que ce crétin. En 2005, alors que j'écrivais mes petits textes au compte-goutte sur mon premier blog "Hirsute", je suis allé aux Eurockéennes où j'ai croupi bourré et colérique pendant trois jours, accompagné par de vieux potes. C'était Vidal et Arturo B qui se sont mis à mettre un tas de commentaires sur mon blog. On s'est mis à faire des joutes et le ton d'un collectif aléatoire était né. "Libre et énervé". Un tas de personnes est entré dans ce "collectif"... Puis nous avons été détruits par cette société de cons Blogspirit qui hébergeait ce blog bien "vénère"... Ces abrutis l'ont mis en quarantaine puis l'ont détruit. J'ai eu deux semaines pour récupérer les trois quarts des centaines de textes. Ensuite j'ai créé le blog actuel, mais le collectif s'est dissout. J'en ai envoyé chier certains et d'autres sont partis d'eux-mêmes. Des mecs comme Arturo B ou Vidal étaient tellement à fond sur Hirsute qu'ils en devenaient des vrais nerfs "hirsutiens".

 

Je ne pense pas être célèbre. Mais c'est vrai que Andy Verol, c'est super facile à mémoriser. Actuellement, je pense qu'il y a entre 800 et 1200 visites uniques par jour sur mon blog. Il y a beaucoup de personnes qui me haïssent profondément, considérant que je ne produis que de la merde, alors que d'autres sont des aficionados... D'autres encore sont devenus comme des amis de pensées et de créations, comme Gilles de Staal, Franca Maï, Héléna de Angélis ou encore les fondateurs des éditions du Mort-Qui-Trompe. S'il y a effectivement une vraie notoriété (bonne ou mauvaise), je pense qu'il n'y a rien de plus facile que de continuer à vivre sa vie normalement... J'ai une grosse tête naturellement... Mais mes chevilles sont minces. En fait, je me fous complètement d'être connu. Je pense simplement que je n'ai pas à avoir honte de ce que j'écris et qu'Internet a été le premier vecteur de diffusion de mes textes... Et Internet, pour ça, je lui fais une petite léchouille amicale...

 

JG : Pourquoi s'être appelé Andy Vérol? Quand est né le pseudonyme-auteur?

 

C'est né en 1996. A l'époque j'avais créé un fanzine "Interlope" avec Vidal et Arturo B. Je détestai Andy Warhol que je considérais comme un usurpateur... C'est pourquoi j'ai fait ce jeu de mots à deux balles (qui ne fonctionne en aucun cas en anglais d'ailleurs, ce qui remettra peut-être ma carrière internationale en cause!). Aujourd'hui, je m'aperçois que parfois, je ressemble un peu à Warhol, en ce sens que je ne suis pas toujours très bosseur, trop opportuniste... Mais je m'en fous. J'assume. Je ne pense pas que l'on ait envie de travailler plus... Je suis sûr que chacun veut se la couler douce jusqu'à la fin des temps.

 

Ce pseudonyme et le personnage qui en a découlé, font partie de moi. Il y a une pensée Verol, une façon de l'exprimer et il y a l'autre, le glandu, qui traîne derrière, comme une ombre.

 

AV :Et toi? Jean Gorzar? C'est quoi? Ça sert à quoi?

 

JG : Jean Gorzar a dû naître dans une espèce de roman que j'ai dû commencer en 2000-2001. Dans un état lamentable (genre impossible de décrocher un mot à une copine au téléphone) sur bien des points, et je me suis mis à écrire ça. J'ai envoyé les feuillets en brouillon (des torchons assez dégeu) à deux ou trois gros éditeurs qui sans surprise me l'ont refusé, je l'ai fait pour le réel, pour  le réel et l'imaginaire, pour me dire que je ne rêvais pas ma vie. Bizarrement, cette espèce de roman m'a donné quelques repères. J'avais un grand rêve après avoir abandonné l'idée de remplacer Eric Cantona et de faire son dernier match avec lui, c'était d'avoir un groupe de copains qui écrirait, avec pour image les surréalistes et la Nouvelle Vague. Et puis c'est un peu ce qui se passe maintenant avec l’écriture en ligne,d’une autre manière,  je suis d'accord avec toi pour léchouiller Internet, lui faire un gros bisou, ça a été une chance assez formidable, d'abord pour lâcher des textes que je gardai dans un sac avec toujours l'envie d'en brûler d'autres. Donc je suis aller sur le forum Toute la Poésie (c'était un peu la star ac d'un côté), et puis sur le Forum du jeune Kim Sakkat que j'ai bien aimé,avec ce premier sentiment nouveau qui est la cyber-amitié (je suis un peu fleur bleue)  . Sur le forum assez trash et beau, il y avait Bissecta, Gaston Kwizerra, et d'autres qui ont changé de noms. J'ai pris Jean Gorzar comme pseudo en même temps qu'il était dans le roman une sorte de philosophe-artiste d'une cinquantaine d'année, avec pour modèle Baudrillard ou Godard. Sur les forum il y avait konsstrukt aussi qui faisait sa pub et dont je lisais quelques brides, et qui a publié J'ai peur sous son vrai nom. A côté de ça, quelques revues en ligne ou papier ont publié des textes récents ou d'autres écrits quand j'avais dix sept ans, ce qui est une sorte d'hommage au garçon que j'ai été. Le tout bien sûr en s'amusant et en étant plus sérieux, ça dépend. Donc voilà, on croise beaucoup de monde, dont ce cher Andy Vérol ! Sur artsolid puis sur son site.  C'est du Chômage qui m'a plu d'abord, mais aussi des phrases comme on en butine sur les sites.

 

JG Sans transition je souhaite savoir quand tu écris, si tu es organisé un petit peu (…)?

 

AV Etre organisé, c'est un truc de clébard ou de militaire non? Pour ma part, je suis un instinctif anxieux, et donc j'applique des techniques avérées. Comme je l'indique sur mon blog, je suis une petite frappe de la littérature, que les textes sont de qualité aléatoire et que le moindre de  vos dons m'aidera à arrêter. C'est une façon de désamorcer les critiques. Je dis moi-même que je suis un con, un prétentieux, un merdique... Ma technique de "communication" autour de mes textes s'assimile à celles de Tony Blair et de Nicolas Sarkozy. Pour le premier, j'utilise le principe qui consiste à essayer toutes les idées qui me passent par la tête. Si ça fonctionne, je continue. Si ça échoue, j'arrête. Pour le second, j'emploie la technique du "tout et son contraire"... J'affirmerai qu'il fait beau, pour l'infirmer et prouver le contraire quelques lignes plus loin...  Bref, tout ce qu'il y a de plus con et qui dirige le monde actuel, je l'utilise... Tu comprendras que, bien évidemment, je suis assez attentif à la manipulation de masse pour en employer les combines à des fins cyniques... Il m'arrive d'écrire des textes très "littéraires", bien construits... Il y en a quelques-uns sur mon blog mais aussi sur les sites du Mort-qui-Trompe, e-Torpedo ou les revues Carbone, Traction-Brabant et RALM. Mais très rapidement ça me soûle... Je trouve ça idiot de se la péter... Les gens qui ont un boulot passent leur temps à jouer aux gros faux culs avec leurs collègues. Ils prétendent que c'est afin de permettre la réussite de leur boulot, mais en fait, c'est une pure posture de soumission et d'humiliation. Tout est fait de cette manière-là. Trop souvent les gens se la pètent avec une sorte de stature d'être mûr... Tout ça ne cache que du vide. Finalement, je ne m'intéresse qu'à tous les aspects cachés des gens. Ils sont tous des zonards potentiels... Ils sont tous des loosers, quoiqu'ils en pensent. J'écris ça et c'est un boulot immense.

 

JG Tu parles aussi d'une publication, est-ce que c'est pour la raison pratique ou concrète qu'il est quasi impossible de lire un long texte sur l'écran, ce qui est une grosse limite à la littérature en ligne, non?

 

AV Le roman s'appelle "Les derniers Cow-boys français". Il sortira au début de l'année 2008. Le titre original était beaucoup plus long, mais bon, maintenant, c'est l'éditeur qui est le proprio de ce texte. Il est évident, pour répondre à ta question, que le format long n'est pas l'idéal pour une lecture en ligne. Il y a cependant d'assez longs textes en lignes sur e-Torpedo et sur mon blog. 98% de mes textes sont à jeter (technique Tony Blair) mais je les met tous en ligne sur mon blog. Je pense qu'il faut savoir s'exposer. Il faut être rageur, misanthrope et haineux. Il faut que le monde sache que je ne l'aime pas... enfin cette partie du monde qui vient faire un tour par "chez moi" (je déteste la motion de propriété sur le net). Quand tu dis aux gens que tu considères TOUS les Occidentaux comme des crétins finis, ils se sentent touchés et se mettent en rogne. C'est marrant. Les gens sont si présomptueux... Il y a un devoir de parodie du monde... Le net permet ça, avec les petits formats, mais très souvent les créateurs sont des "couilles molles" et ne se lâchent pas complètement. Entendons-nous bien, se lâcher ne signifie pas frôler la barbarie. Moi je me refuse à ça. Il y a un mec qui s'appelle Mac Léon qui fait un blog vraiment sans limite. J'aime bien...

 

JG Et pendant que j'y suis tu lis quoi quand et comment?

 

AV Avant de dormir, je lis des Lucky Luke en ce moment... C'est super Lucky Luke pour s'endormir. Ça fait 25 ans que je fais ça. Ensuite je lis une bio d'Hitler depuis plus d'un an. Je viens de finir La vérité avant-dernière de Philip K. Dick. Ça m'a fait chier finalement. On en a soupé des grandes histoires qui refont l'Histoire. Mais pour l'essentiel, et au fil du temps, je me suis mis à lire sérieusement des écrits de gens du net. J'ai l'honneur de lire Pietra d'Héléna de Angelis, qui n'a pas été publié, mais qu'elle m'a envoyé. Elle a une écriture hyper-dense. C'est chaud à lire, mais c'est délicieux. Ensuite je lis le Saetas de Régis Nivelle. Idem, il me l'a envoyé. Auparavant j'ai lu trois romans de Franca Maï... C'est rapide, efficace, ça te crache à la gueule. J'adore. En fait Internet permet d'accéder à une littérature anti-commerciale par excellence. Des écrits difficiles d'accès, très cérébraux, sans limite, parfois pas construits. Il y a des jours où tu n'as plus envie de lire ce genre de truc... Héléna de Angelis me disait qu'aujourd'hui, le comble de la révolte, c'est d'écrire des contes pour enfants... Je pense sérieusement à écrire des contes pour enfants. Comme Christophe Donner qui est un des meilleurs écrivains français actuels (il y en a d'autres comme Ravalec... mais aussi Beigbeder, non je déconne... Celui-là, qu'il aille se faire foutre jusqu'à ce que je prenne sa place... Tout le monde veut prendre sa place, comme dans l'émission de Nagui... Je dérape-là... Grrr).

 

Je lis chez moi. Par petites bribes. Sur la plage avec mon gros bide quand je vais faire un tour au bord de la mer...

 

AV Et toi Gorzar... Tu m'as l'air scotché à des époques qui ont joué un rôle fondamental (Nouvelle Vague, etc.), mais je crains que nous ne soyons plus en capacité intellectuelle d'appréhender tout ça avec une analyse sérieuse de ces oeuvres. Je dis ça, je dis rien... Tu écris pourquoi Gorzar? Tu trouves ça sérieux et fondamental les écrivains? Tu ne penses pas que nous ne sommes plus que des clowns lamentables au service de l'industrie du spectacle et de l'art?

 

JG C'est compliqué la question du pourquoi, c'est un peu comme la question des qualités et des défauts dans un entretien d'émbauche (j’avais écris d’ébauche). Allez je tente pour le plaisir et pour la santé. J’ai commencé à écrire PC Hébert un soir que je regardais Ardisson et son émission Tout le monde en parle, je pensais que ça allait m'y conduire.  Les écrivains, je sais pas, je me suis jamais senti écrivain en fait... Je suis dans l'incapacité de répondre à ces questions de fin de semaine. Tu répondrais comment toi à ces questions ?   

 

A.V.: Bon c'est vrai que je suis tordu, que ma question peut paraître assez troublante. Mais depuis quelques années je sais que nous sommes les taulards de notre monde capitalisto-consumériste. Ce n'est évidemment pas mon constat. Il s'agit de celui de Baudrillard, Foucault, Deleuze, Bourdieu et tant d'autres... Mais à la différence de ces types (tous morts), je ne sais plus très bien s'il existe encore une possibilité d'analyse du monde. Nous sommes face à ces pensées, mais nous avons été incapables de réagir et de changer cet état de fait. Les hommes politiques et les patrons d'industrie (avec leurs armadas d'actionnaires et de consommateurs transis) ont bien compris que les pensées les plus fortes n'auraient aucune chance de s'imposer... Dans les années 60 - 80, la jeunesse voyait l'avenir dans le changement, la révolution. Cette jeunesse ne voulait plus entendre parler de guerres, de conflits, de toutes ces choses qui, finalement, après l'Holocauste, n'avaient plus de sens. Ce qu'on n'avait pas saisi, c'est qu'ils désiraient aboutir au monde dans lequel nous vivons aujourd'hui. Ils voulaient oublier les souffrances, toucher l'éternité et le paradis de leur vivant... Seule la société capitaliste a pu répondre à cette demande de bonheur immédiat. "Tout, tout de suite, maintenant!" et comme l'exprime le titre du morceau de De la soul, "Me, myself and I".

 

C'était un peu ce que cette jeunesse occidentale réclamait. Elle y est parvenue. Maintenant, ces jeunes fougueux approchent de la retraite et se tapent des queues de plaisir en regardant leurs existences. Ils ne pensent pas qu'ils sont en fait des assassins absolus, des criminels qui ne se l'avouent pas. Tu vas trouver ça un peu fort, mais les gens de classe moyenne en France (et tous ceux du même rang de l'ex-bloc de l'ouest) me font penser à cette grosse masse d'Allemands des années 30. Ils n'étaient pas plus nazis que toi et moi. Ils n'avaient pas le désir d'éliminer massivement des gens. Ils voulaient simplement atteindre le bonheur, accéder à une forme de sécurité sociale, économique et existentielle. Ils voulaient être "chez eux", être "simplement propriétaire" de leurs "chez eux". Ils souhaitaient le "meilleur avenir" pour leurs enfants. Tous les êtres humains tendent à accéder à ce bonheur là.

 

Hitler, à sa façon, a été le premier à répondre à ce désir de bonheur immédiat. On sait où ça a mené ce peuple et tous ceux qui ont collaboré avec lui. Après le seconde guerre mondiale, les jeunes, mais aussi les anciens combattants, ceux qui avaient été déportés et qui avaient survécu, ceux qui avaient été victimes de la guerre en général, ont gueulé: "Plus jamais ça!", de la même façon que leurs aînés l'avaient gueulé après la première guerre mondiale. C'est ici que je reviens au caractère sérieux et fondamental de l'écrivain, le penseur... Ceux que j'ai cité plus haut (les plus connus) et tant d'autres ont tiré la sonnette d'alarme, plus ou moins adroitement. Ils ont gueulé, affirmé et démontré que cette "nouvelle société" capitaliste ou pseudo-communiste (jusqu'en 1989, quoique la Chine et quelques autres pays sont encore sous l'égide d'une forme de doctrine pseudo-communiste) ne remplirait pas sa mission pour un accès illico au bonheur. La plus grande partie de l'Humanité, et de façon écrasante, est littéralement broyée par ce système politico-économique. Un système tout puissant que seuls les faux intellectuels, les politicards, les patrons d'industrie (et leurs armées de commerciaux, de DRH, de communicants, de publicitaires, de responsables du marketing, de chercheurs du privé et de journalistes) et la grosse masse des zozos de classe moyenne  dirigent et orientent... Les écrivains, et surtout ceux qui s'inscrivent dans l'optique d'analyse, voire de lutte contre ce régime de la "terreur effacée" ou de "l'horreur maquillée", sont des clowns ridicules, des gens que l'on qualifie toujours avec beaucoup de mépris. Le beauf te dira: "Oh mais tu t'prends la tête sur tout! Franchement t'es pas drôle! C'est la merde, mais c'est pas avec des intellos comme toi qu'on va s'en sortir. Moi c'que j'vois, c'est qu'les prix n'arrêtent pas d'augmenter." Je caricature à souhait. Mais en changeant le ton, tu comprendras que chacun ne fait qu'exprimer les choses de cette façon-là. Celui qui écrit sa haine du monde ne vaut rien. Celui qui propose de l'analyser est discrédité. Le seul écrivain acceptable est celui qui raconte des histoires... Des fictions... Tous ces écrivains qui font que les méchants "ben c'est vraiment des méchants avec des grandes dents, de la bave, etc." L'écrivain n'est plus qu'un des ouvriers plus ou moins qualifié de l'industrie du spectacle et de l'Art. C'est aussi simple que ça.

 

J'ai aimé ce truc publié sur le forum que je gère à propos de l'idiot (http://andyverol.asianfreeforum.com/Ecrire-contre-le-monde-entier-c1/Les-ecrivains-independants-f3/Vision-de-l-Idiot-t113.htm ). Celui qui veut changer le monde avec ses écrits est une sorte d'idiot. Et ça me fait penser au morceau d'un artiste dont je suis totalement féru, Roman Fredo de Njava-script: Idiot cherche village sur son album Road Movie en Béquilles.

 

J'ajoute que tu as un tas de mecs étranges, des écrivains installés qui osent s'appeler "essayiste", "philosophe", "penseur", etc. Tu en connais une flopée dont BHL est le leader incontesté. Mais le plus pathétique de tous est Guy Sorman, un "intellectuel" de droite qui t'assomme avec ses "pensées" purement moralisatrices et moralisantes... Lui j'apprécie de le lire. Il a trouvé son village celui-ci. Il tient un blog où il ne faut pas hésiter à "putréfier" ses textes de roublard de la pensée: http://gsorman.typepad.com/ .

 

C'est sans doute à cause de types comme lui que je ne parviens jamais à écrire des pensées. On est tellement ridicule lorsqu'on fait ça. Ma méthode est donc différente, anti-universitaire, un peu populiste et démago parfois, et très "post-culturel" comme je le définis parfois... Mais tu vois, là, tout ce que je viens de dire, c'est de la connerie en boîte... Qui sait?

 

Mais Gorzar, je suis très surpris par ta façon de fuir une question légèrement complexe... Pensais-tu qu'Andy Verol était une sorte de mec accessible avec qui on pouvait "causer" sans se "prendre la tête"? Je plaisante. J'aimerais savoir s'il est important que chaque personne ayant un peu de temps, un ordinateur, une connexion ADSL et des pensées viennent tenter de mettre en ligne des textes qui sentent généralement le fantasme de la reconnaissance publique, qui puent souvent l'enfilade de clichés, d'idées reçues et de centres d'intérêt pathétiques?

 

JG : J'ai surtout trouvé que ta question sur les clowns au service de l'industrie de l'art et du spectacle n'était pas appropriée, il faut aussi réussir à se poser les bonnes questions. Mais sur le rôle fondamental des écrivains...Je sais ce qu'on fait tous, je lis et je vois des choses. Quand à la reconnaissance, je vois mal comment on pourrait ne pas la vouloir, connaître et se reconnaître, mourrir un peu. Je sais aussi ce que c'est que de ne pas la vouloir, et sans doute que les plus belles choses se sont faites en silence, sans être vues, je penses aux textes brûlés par les auteurs qui n'ont jamais été lu, les absents. J'ai du mal avec les questions théoriques tu sais, cela me demande trop d'effort, et j'aime penser sans effort, avec passivité, quelque peu partisan, en espèce de janséniste contemporain, de la grâce, et de la science infuse et diffuse. Je ne vois pas où tu essais d'en venir avec Hitler, ni même avec ce monde capitalo consumériste (et c'est toi qui parle de cliché; revoir Warhol). C'est une lutte des places avec ses sacrifices et ses ravages. Les écrivains, et les penseurs, ç'est  pour nous régénérer, et avec les artistes, ils mènent le monde. Il y a un combat des points de vue, un combat de perspectives et de lecture. Et sur l'ADSL, il faut encore attendre son développement, je crois qu'on va bien s'amuser avec les possibilités de traitement de l'image en mouvement.  

 

A.V.: J'ai été très clair sur mon approche du monde contemporain. Ce que je dis n'est en aucune façon théorique. Je remarque simplement que tu te cantonnes à cette position gaucho-bien-pensante qui se refuse à analyser les choses avec clairvoyance... Ce sont les patrons d'industrie, les politicards et les classes moyennes occidentales qui dirigent notre monde. J'en reviens à ce que je disais sur les écrivains. Ils ne dirigent rien et ne servent plus à rien. Ta réaction me fait penser à celle de Guy Béart lorsque Gainsbourg lui avait dit que la musique était un art mineur. L'autre était monté sur ses grands chevaux. Soyons bien clair, je ne dis pas que certains écrivains ne sont pas des moteurs et des points d'assise  pour ma pensée. Bien au contraire. Mais moi, ça n'est que moi. C'est pareil que ces dizaines de milliers de personnes que l'on appelle des artistes. Ce n'est qu'eux finalement. Tu idéalises les écrivains comme le font généralement les étudiants en sciences humaines. Ils mettent au centre de tout cet argument selon lequel tout ce petit monde serait tellement essentiel. Pour 5 à 10 % de la population occidentale, c'est sans doute une nourriture... Mais pour l'essentiel de la population, le choix pour se sentir bien est plus simple que de se gaver des oeuvres des uns et des autres...

 

Je suis assez en colère en fait. C'est sans doute pour ça que j'en ai plein le cul de discuter avec les gens "de culture" ou qui mettent la "culture" sur un piédestal. C'est idiot. On est bouffé par la société dans laquelle nous vivons. Nous sommes annihilés. Nous sommes ridicules... Ton accès si "enrichissant" aux artistes et aux écrivains n'est que le fait de cette société capitalisto-consumériste. Ce n'est pas une société de penseurs et d'écrivains qui te permettent d'accéder à tout ça. C'est celle qui produit dans des usines à l'autre bout du monde, fait bosser des costards/cravates dans des bureaux ici... La société des supermarchés, des vacances à la con, des émissions de bricolage et de cuisine... LA culture dont tu parles, c'est celle des livres d'écrivains morts ou d'écrivains qui racontent des histoires. Pour revenir à Wharol et contrairement à ce que les universitaires lui attribuent en France, il n'a jamais été un artiste qui critiquait la société de consommation. Bien au contraire, il l'idéalisait. Mais dans notre pays, la "pensée" était le fait de ces gens dont j'ai parlé plus haut. Ces gens d'extrême-gauche à 20 ans, de gauche à 30, du Modem à 40 et finalement de droite à 50/60 ans. Tu analyses la population qui a voté pour notre cher nouveau président, et tu découvriras que je n'invente rien. La culture n'est que le joujou des mécènes, du ministère de la culture et de cette flopée d'étudiants en lettres qui sont incapables de trouver du boulot ailleurs que dans "l'art". Je te le dis, rien n'est théorique. C'est pathétique. La culture en Occident et ses bataillons d'écrivains à la mord-moi le noeud (dont je fais partie), ça n'est qu'un loisirs... Comme tu l'as si bien dit: "Les écrivains, et les penseurs, c'est  pour nous regénerer". C'est aussi efficace qu'un bon jus d'orange au petit dèj. ou une semaine à la montagne... Les écrivains, c'est régénérant... Il est assez normal que tu n'ais sans doute pas capté le parallèle entre le peuple allemand des années 30 et le peuple occidental des années 2000... Relis ce que j'ai écrit, c'est pourtant très clair. Et si tu n'as pas capté un mot de ce que j'ai écrit, si ma pensée n'est pas recevable par toi, alors quel genre de penseur te régénère? Ceux qui sont morts et enterrés? Ceux qui ne sont pas "prise de tête"? Ou ceux que l'on résume dans les "Anabacs"?

 

JG. :D'abord ce serait bien de ne pas déformer mes propos, notamment sur Warhol dont visiblement tu n’as rien compris (à voir la manière dont tu écris son nom_qui sera corrigé par mes soins pour l’édition de cet entretien), mais je me suis exprimé trop vite.Tu t'es dit toi même un peu populo, je n'en rajoute pas. Ensuite tu me compares à Guy Béart, rien que l'idée que mon sperme puisse donner un créature comme Emmanuelle Béart, ça me donne envie de t'embrasser. Cela dit tu t'attribues le bon rôle avec Gainsbourg (nazi rock nazi) qui a par ailleurs fait une belle enfant aussi. Je ne cite pas les penseurs qui me régénèrent car je n'ai pas envie que tu t'énerves, car pour un futur écrivain, sortir de ses gonds comme ça, ce n'est pas très bon. Pourquoi tu perds tes nerfs ? Tu devrais lire Durkheim, pas le méchant sociologue socialiste, mais Karlfried Graff Durkheim (calmez vous Monsieur Verol, calmez vous, mais enfin) Pourquoi tu dis que derrière Andy Verol, il y a un pauvre type qui ne mérite pas d'être connu? Moi j'ai plutôt l'impression que c'est le contraire, et que ta pensée est vérolée, que tu es arrivé au bout de quelque chose (bravo), j'ai l'impression de vivre un accouchement.

 Est-ce que justement, tu as l'intention de garder ce nom de scène (Andy Verol j'entends) longtemps ? Pour le roman que tu sortiras par exemple ? (Tu peux boire du vin et prendre un bain avant de répondre)

 

AV :Comme je te l'ai dit au début, c'est Superman qui est intéressant... Donc tu liras le roman d'Andy Verol, au début de l'année 2008, et non celui du glandu qui lui colle au cul. C'est un roman expressément écrit par Andy Verol...

 

Une autre question Gorzar?

 

JG :Oui deux. Ca sort chez quel éditeur ?

 

 A.V.: En fait, ce sont les éditions Pimientos qui vont créer une collection "Hirsute". Ce sera donc une toute nouvelle structure qui se détachera  de Pimientos, cet éditeur n'étant pas spécialisé dans ce type de livres (Il a tout de même sorti le premier bouquin de Mathias Malzieu, le leader de Dyonisos). Je ne peux pas en dire beaucoup plus, étant en plein boulot avec l'éditeur. Quoiqu'il en soit cette collection est en cours d'élaboration. Les auteurs sont "débusqués" je crois. Le nom d'Hirsute est bien sûr tiré de l'ex-collectif que j'ai animé par le passé. Ce qui est très intéressant, c'est que je suis libre de mes écrits. Nous travaillons véritablement en adéquation. La relecture se fait dans le dialogue. Je pense que cette collection et les livres qu'elle portera feront de l'effet. C'est quelque chose qui ne se fait pas aujourd'hui. La mode est plutôt au trash chic, à l'histoire toute mâchée, à l'écrivaine perfectionniste/excentrique, aux auteurs de centres ville... Je pense que cette collection n'essaie pas d'être "branchée" ou de créer un mouvement quelconque. C'est plutôt un support qui met l'écriture au centre... Une écriture des périphéries, celle qui n'a pas sa place, encore... Depuis des années je travaille sur des textes libres qui se dégagent en partie de ce qui se fait généralement. Je n'essaie pas de révolutionner l'écrit du tout (ce serait vraiment prétentieux et crétin) ni de créer une nouvelle façon d'écrire des bouquins (Ce qui revient au même), mais j'explore, en travaillant beaucoup. Il faut pouvoir cumuler un travail sur les ambiances, les images et un style personnel, autant que possible.

 

Le roman s'appelle "Les Derniers Cow boys français". C'est un travail de longue haleine. Vraiment. Même s'il est assez court, il reste riche en images et en réflexions déglinguées. Pourtant, cette fois, le bouquin est accessible, dans le sens "grand public". Aussi con que ça puisse paraître, j'ai trouvé ça très difficile à écrire. Jouissif, mais difficile. ça changeait de ces textes "hardcore" écrits seul ou collectivement les années précédentes. "Baise de Rue" et "Mon Usine" ont reçu de bons retours, mais les éditeurs ne voulaient pas se mouiller avec des "machins" de cette sorte.  

 

Il y a beaucoup de personnes qui me disent souvent que ce que j'écris est choquant, tordu, voire glauque. Certains pensent que je suis fou ou malade. Mais il faut bien comprendre que je ne me force pas à écrire ces textes. je n'essaie pas d'être choquant, inquiétant ou fascinant parce que tordu. Je ne cherche pas à être haï ou aimé. Ce que j'aime avant tout, par-dessus tout, c'est écrire, frénétiquement. Si l'envie m'en prend, j'écrirai peut-être un roman à l'eau de rose, ou un polar à deux balles... mais je risque de très vite m'ennuyer. Il y a aussi la nécessité d'explorer, l'écrire. Je connais quelqu'un qui m'est proche qui est taule. Il y écrit ses mémoires. Mais je pense que son truc sera nul. Il fait ça pour câler son esprit à l'extérieur de ces murs qui l'enserrent. Le résultat final sera sans doute nul parce qu'il n'a pas la capacité à écrire de la littérature. Il ne suffit pas d'écrire pour être écrivain. Il faut trafiquer ce que l'on voit, ce que l'on sent, ce que l'on vit. Il faut le triturer, le gratouiller, le bouleverser, le mettre dans tous les sens. Je pense qu'il enjolivera beaucoup. Ces écrits seront une forme de rédemption et ça se verra. Beaucoup trop. Même si tu écris ta vie, tu dois en faire quelque chose de littéraire. Au lieu de dire que "tu t'ennuyais au fond de la classe, les yeux tournés vers le ciel à rêvasser, soudain chahuté par le cri strident de l'institutrice". Je préfère écrire que "j'étais là, dans le fond de la classe, scotché sur le mouvement des nuages à la con. Les pensées troubles. L'idée des goutelettes qui se forment, puis tombent, vite de plus en plus vite, pour s'écraser comme des corps de défénestrés sur le macadam trempé de la cours de récré. L'endroit à la con par excellence, ou tu prends un malin plaisir à faire craquer le cartilage des oreilles du petit con à lunette, Olivier Zovi, qu'on avait tous fini par appeler "Zobi". Et soudain comme une terrible tempête de merde qui s'abat sur tes membres de gamin, tu recevais le cri strident de cette cinglé d'instit en pleine poire." Je pense que c'est plus frappant et plus réaliste. C'est aussi plus littéraire. Le gamin qui s'ennuie au fond de la classe a aussi et surtout de la colère. Il se demande se qu'il fout dans cette classe... Il pense tordu. Parce qu'on pense très souvent de cette façon-là...

 

Bon, je suis trop bavard.

 

Ta dernière question donc?

 

C'est bon.Merci.

 

 


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