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Variations sur le corps

des vieilles salopes sur la plage à nudistes
embrassent des adolescents bronzés
ça se passe dans des dunes aux abords de la mer
c'est d'abord des corps, puis viennent des creux
ce n'est pas le paradis mais ce n'est pas l'enfer
Des grands garçons ont perdu tous leurs poils
ils sont beaux comme des femmes
et parcourent la forêt en attendant l'amour

certains comme moi sont là en touristes
voyeurs et malades
et s'imaginent un peu
vivre dans la frivolité
cela changerait de la vie triste
de l'entreprise et de la famille

le soleil en ces jours commence à nous faire fou
ça rumine en les êtres

et ça bout
J'ai vu se balader le petit chien du voisin
Sur le trottoir d'à côté
Je l'ai vu plusieurs fois voler
D’un bord à l'autre de la rue
Par dessus les toits.
 
Tout les matins le buraliste et le boulanger
Reçoivent dans leurs boutiques
Les habitants alentours.
 
Il y a ceux qui vont au travail, il y des étudiants, le pain est frais et les croissants sont chauds. Personne n'est bien réveillé, vraiment réveillé.
 
Mais le journal lu et le pain mangé, la fraîcheur d'un fruit pique la bouche, la refroidie. Tiens j'irai bien courir demain matin, à l'aube pour voir ce que ça fait d'être complètement frais. Mais ce serait un effort trop brutal pour un tel moment. La douche a les vertus tranquilles d'une métamorphose. Déjà commence à se faire entendre les premiers pas dans l'entreprise. Il se peut que la nouvelle soit arrivée à l'aube. La promotion l'attend peut-être, ce serait un plaisir inouï, plus délicat et plus profond encore, que celui de la nuit.
 
 
Curriculum vitae
 
 
Madame la présidente,
 
         Je sollicite par la présente ma tendre affection pour votre entreprise ainsi que pour son éclat qui n'a de pareil que vos yeux. Oui madame la présidente travailler à vos côté serait apprendre à nous connaître mieux, après le stage d'un été dernier qui fut pour moi le premier d'une nouvelle vie. J'ai beaucoup appris à votre contact, et l'honneur que vous m'avait fait de me soutenir lors de la mise en place d'un projet que beaucoup voyaient risqué, voire inutile me rend encore plus désireux de prendre le siège laissé vaquant par Monsieur De Lucas à la suite de sa nomination pour son siège de parlementaire européen. Oui madame la présidente je souhaite prendre place au sein de General Motors et partir le Week End, faire les hôtels de la côte, aller passer la nuit sur la plage aux grandes nuits de juillets, vous dire comment il est bon de dormir à la belle étoile, d'apprécier le dénuement de nous même, ailleurs que dans les grandes villes de ce monde. Pour y retourner et nous mesurer à la terre entière, avec la force d'influence de la General Motors.
         Madame je vous appellerais le soir où vous recevrez ce courrier pour vous proposer un entretien. Croyez à mes meilleures intentions.
 
Chanson
 
 
J’ n’ai pas bien compris où tu voulais en venir
J' n’ai pas voulu voir, j n'ai pas voulu savoir
Mais je savais déjà Mais je savais déjà
Mais je savais déjà que tu n'étais plus là
 
Et quand tu reviens me voir
Quand tu me laisses
Quand tu me blesses
Et puis quand tu repars
 
Je rêve d'un autre univers
Je prends d'autres chemins
Je caresse des mains
Tu sais j'ai pas souffert
 
Je n’ai pas bien compris où tu voulais en venir
Je n’ai pas voulu voir, je n’ai pas voulu savoir
Mais je savais déjà Mais je savais déjà
Mais je savais déjà que tu n'étais plus là
 
Et quand tu reviens me voir
Quand tu me laisses
Quand tu me blesses
Et puis quand tu repars
 
          
        
         L'écriture de cet exercice se propose de répondre à la discipline, ou au projet suivant : écrire dans la cure. Comment la cure joue de l'identité, comment elle propose une autre voie. En définissant la cure comme pause en vue de rupture, nous envisageons l'idée d'un détachement.
 
         Medhi Belhaj Kacem :" L'amour a tout d'une toxicologie. Mais justement, les seuls symptôme toxicologiques de l'amour ne prouvent pas encore que c'est d'amour qu'il s'agisse."
 
         L'exercice se terminera à la première éjaculation survenue à la suite d'un onanisme. Elle vise directement la notion de volonté. Philosophie pragmatiste donc en cela que nous ne passerons pas notre temps à déblatérer de l'idée de volonté mais nous nous en faisons le praticien.
 
        
         Je ne suis pas peu fier de prolonger cet exercice. Les éditeurs ne répondent pas, en cas de non réponse je serais contraint d'opter pour une stratégie efficace, précise et détachée des exigences universitaires. Le terme d'imbrication me semble adéquate pour affiner la pensée dialectique. Non pas le dépassement de deux termes antinomiques par leur confrontation ou leur conflit. Ni le manichéisme tel qu'il est perçu par les occidentaux du ying et du yang.
 
 Les diverses contraintes sont les suivantes :
 
1_Une vie qui prenne en compte le corps. Le corps est le lieu du bonheur. Par lui tout passe.
2_Une vie économiquement satisfaisante. Ce qui signifie la possibilité de se payer un logement, de la nourriture, des achats divers, des voyages. L'idéal est un salaire fixe. A ce salaire peut s'ajouter diverses rentrées soit liées à des travaux extérieurs au travail, soit directement lié.
3_La conversation amoureuse est une exigence. Du moins le rapport réciproque est le plus subtile et le plus fort qui soit.
4_L'amitié est d'un autre domaine. Hypothèse de la forme sociale de l'amour ou construction personnelle de la famille.
5_Il est de toute première instance de trouver des formes de bouc émissaires causaux. Mais prendre paradoxalement ceux-ci en comprenant bien qu'il ne peuvent, qu'ils ne doivent en aucun cas vous nuire. Choisir et connaître la société industrielle comme bouc émissaire ne peut se faire sans une exigence de clarté à son encontre, une définition précise de ses composantes conceptuelles.
6_La vie en jeu. La prise de risque.
7_ La sociabilité est de toute première importance. Elle nécessite un art précis.
 
C'est le sixième jour et la fin de l'exercice a sonné.
Nous terminerons par une morale.
 
A travers la cure, nous avons voulu mettre à l'épreuve physiquement la notion de volonté si chère aux philosophes (et désormais aux politiques) . Nietzsche a parlé de la volonté plus que de la puissance. Il est mal vu de voir la volonté comme tremplin à la puissance. Ce serait penser le vouloir comme sûr de lui et confiant. Le moindre dérangement perturbe le criminel. Il est paranoïaque et nous sommes des criminels en puissance. L'importance de l'habitation, aussi futile puisse telle être pour le stressé, doit être bien comprise par le lecteur. Ecrire au bord d'une forêt, dans la quiétude prétendue du silence, et écrire dans le creux d'un appartement délicat, avec dans la rue la vie bouillonnante, le strass et le pas des femmes, avec à deux pas la possibilité de croiser son plus cher ennemi, la chance de partager une soirée avec des personnes aimées. Tout cela pour affirmer que le développement des villes a totalement modifié la pensée. Relecture d'Aristote au moyen âge (qui devient de moins en moins moyen âge) . Il est bon d'entendre Jean Voilquin dans l'introduction à l'Ethique de Nicomaque relever l'incohérence légendaire de l'élève, dans l'ombre de Platon. "La cohérence est ce qui manque le plus à la morale du fondateur de l'Ethique."reprend -t-il
 
LA Teuf
 
Bien manger, bien boire, bien rire, chanter, bien voir.
 
Et puis bien penser.
 
Etre en forme, avoir la pêche.
 
La pêche, ce fruit défendu postmoderne.
 
Fin

"c'est une célébration de l'esprit. Un royaume où le mental libéré des limites corporelles, un lieu favorable à la toute-puissance de la pensée" (Bukatman, Terminal Identity, The virtual subject in post-modern science-fiction, 1993)

 

Ils sont des milions d'ordinateurs à se croiser dans ce monde propvisoire et permanent.

Effacement des pesanteurs du corps. Je suis nu et malade, il me manque une jambe.

 

http://www.cemetery.org/ déposer des fleurs virtuelles sur les tombes des morts

T. Leary : "Les échanges directs, face à face, seront réservés aux grandes occasions, aux évènements intimes et précieux quasi sacramentels. Les rencontres physiques seront rares, exaltantes. Dans un avenir proche, nous serons impliqués dans nombre de cyber relations avec des gens que nous ne verrons sans doute jamais en personne. Nous volerons par la grâce de nos cerveaux, sur les ailes des électrons pour travailler à Tokyo, ou déguster un délicieux reppas en charmante compagnie avant de rendre une petite visite à ses parents à Paris, tout cela sans quitter notre salon" (Chaos et cyberculture)

 

Virtuel de virtus, traduit en latin la force, l'energie

Dans l'Homme de sable de hoffmann, Nathanaël manifeste sa haine de la femme réelle, il lui préfère Olympia.

 

il y a ta beauté, et tes idées

 au milieu de ce plaisir immense de la vie

les fenêtres offrent à qui sait voir à travers elle (je dis bien "elle") le spectacle réuni plein de pulsions du quotidien, là où précisément il_de nuit et cette nuit glorifiant la lumière artificielle, électrique et cinématographique_où précisément, disais-je, le quotidien atteint l'évenementiel, le dévoilement du corps, la mise à nu, l'intiminité enfi n retrouvée, qui s'en était allée. Elle est retrouvée,l'intimitité. Par soi, pour soi, dans les brides imagées du corps de l'autre.

le voyeur n'arrête pas ses mots et se moque de l'écriture. il est pris dans le temps. rien n'existe d'autre que cette jambe qu'il crût voir. C'est son côté fonctionaliste : à partir d'un pied il désire pouvoir reconstituer_c'est son phantasme_ le corps.

et ça n'est pas fini, à partir d'un corps se retrouver soi. c'est pourquoi le voyeur est l'homme infiniment actuel. Il apprécie comme le goûteur de vin dans sa cave la jambe qui maintenant se dévoile, il apprécie et _Bacchus_ perle une sueur sur son front fou. "Ah se dit-i ! que demain est loin ! si loin !"

Là, il y a un jeu organisé dont tout le monde est au courrant_le grand jeu d'ailleurs.

Ce qui marque la ville_la rue, la rue sexuelle, la rue sexuelle s'anime_c'est ça. Vous le savez. Vous le savez.

 

Et il faut un moment précis, une action construite, un temps pour lui donner son sens, sa vertu. Le jour n'apparaît dans sa sagesse qu'au moment où se laisse deviner une présence comme la trace du spectacle_et la scène est encore chaude. La rue a perdu de sa chaleur à l'aune du voyeur vu. Car le voyeur est toujours vu. Il est vu d'une autre manière encore et même que la culpabilité.

La voyeurisme est la reconnaissance de l'alter : l'exhibitioniste.

Voyeur/Exhib, voilà la dialectique de l'histoire urbaine (c'est à dire dominante et cruciale), la seule qui tienne quand tout a séché et que les hommes et les femmes ne comprennent pas du tout, sont dépassés par le perpétuel carnaval.

 _je veux être voyeur !

_Dites donc, pendant que vous me parliez, je la regardais promener ses deux pommes. Celles qui m'ont tordu le ventre hier.

_Et la tête ?

 

  

CAR JE CONNAIS LA FIN
DE NOS ETERNITES
Ce serait l'histoire d'un film qui montrerait les visages des hommes regardant les femmes sur l’écran.

La symbolique du cannabis puise aisément son fond dans la psychanalyse la plus vicieuse, et détraquée des choses corporelles. Ainsi fut il avancé la correspondance entre la merde et le shit. Ainsi l'éminent professeur Olivenstein a t-il émit l'hypothèse d'un désir pour le jeune fumeur de fumer avec sa mère. Les conduites psycho actives seraient des phases anales... Autant dire que le phénomène anthropologique des prises de substances psycho actives n'a pas été pris, en ce début de siècle, à sa juste teneur.

 

TOP MODEL : La perfection e(s)t la mort
 
 
Paris Hilton en fait des tonnes
Elle est comme un hotel
Très très riche et belle
Mieux même que bonne
 
On attend son porno
Ou qu’elle tombe amoureuse
De nous, de moi
 
Ou juste passer du temps avec elle
Traverser l’écran, aviver l’image
 
Quelle icône cette Paris Hilton !
 
 
Kate Moss
Pas même question de la baiser
Juste la regarder, même sur la toile
Mince ! C’est réapprendre à aimer
 
Est-elle si singulière ?
Est-ce de la publicité
Comme toutes les filles de papier ?
 
Salut ! Ca va ?
_Ouais, je sors avec Kate Moss
 
 
Gisele Bundchen m’a appris que les poils
Peuvent ressembler à des étoiles
 
Il y a des filles plus belles que les plus belles femmes du monde.
 
Le petit derrière de Paris !!!
 
 
 
Ophélie Winter est très très belle aussi
 
Complètement impossible
 
A rendre banale la plus belle émeraude
 
 
SENS INTERNET
 
 
            On se met devant sa chaise. On allume l'ordinateur. Dans le cadre épuré, gris de l'appartement. Avant le déménagement, on se dit qu'on va parler avec des amis qui sont des à  des kilomètres; ou plutôt t’chater. Il y a le téléphone pour parler, il y a le t’chat pour converser sur le mode de la réplique théâtrale. C'est quelque chose de très troublant. Ce ne sont pas des scènes à négliger. Et sachez que la farce, la comédie se jouait avec le même trac, avec la même douleur que la tragédie. Savoir téléphoner et répondre au téléphone naturellement, en groupe, est devenu un savoir-faire de la société du téléphone mobile. Depuis les années 90, les ordinateurs avaient pris une place de plus en plus importante dans les vies, particulièrement chez les adolescents.
 
 
            Voici la petite histoire de Sterlan. C'était un matin d'hiver dans le sud de la Californie. Comme tous les dimanche, Sterlan accompagnait son père au match de Base Ball quand sur le chemin de la voiture le père de Sterlan, Bill Putagan fut pris d'un malaise. Une cynanthropie le pris : il fit le chien : « Ouaf ! Ouaf ! ». Sterlan resta digne et secoua son père. "On ira plutôt le week-end prochain" dit Bill d'une voix forte de gros chien de chasse. Sterlan décida d'aller sur Internet suivre les avancées du match. Sterlann avait dix sept ans et en ce matin d'hiver il allait faire un grand pas dans la découverte de la chair.
            Il cliqua sur l'icône tchat et fut pris très tôt dans un échange de répliques avec un interlocuteur appelé EVA and KIM, 26.  Eva et Kim étaient deux ravissantes jeunes femmes. Rapidement ils mirent en activité leur caméra et formèrent un trio qui commença par un tressaillement de Sterlan, qui se transforma rapidement en excitation.
             
             Sterlann commençait à sentir une barbe de trois jours s'affirmer.
           
             Une rencontre virtuelle. Il fut d'abord pris d'une nausée à l'émission de l'odeur diffusée par Odor système. On peut d'abord dire, même si le mot n'est pas exactement approprié, que le dégoût fut plus fort que l'attrait. Il avait été dérangé par ce que les projecteurs situés  au dessus de la Web Cam avaient dirigé vers son visage. On poserait sans doute une question bien indélicate en se demandant si le nez fonctionne réellement comme unique réceptacle des odeurs. Nous avons là affaire à une approximation du sens commun. Sterlann ne fumait pas. Il avait commencé le cannabis à quinze ans en fréquentant le club de football de la ville.
 
            Sterlann n’avait jamais ressenti une telle excitation. Sterlann à dix sept ans ne se sentait pas comme les jeunes de son âge qu’il côtoyait. Il sentait un fossé profond entre ses aspirations et la réalité. Son échappatoire consistait alors au spectacle hebdomadaire de match de basket et de base-ball. Son œil droit avait été transpercé à l’école par la pointe du compas d’une jeune camarade. Ce handicap ne le défigurait pas mais le décourageait profondément à concevoir toute activité physique. Il n’avait jamais embrassé une fille, et il ressentait parfois une certaine tristesse quand il voyait ses camarades de classes se promener avec de belles blondes sophistiquées.
            Il était plutôt efflanqué. Il mangeait le minimum. Son père après une carrière fulgurante dans le commerce de vin français, avait peu à peu perdu la raison. Il avait des accès assez brutaux de démence, plus ridicule aux yeux de son fils, que véritablement dangereux. Comme en ce début d’après midi, le père de Sterlann se mettait à prendre l’allure d’un chien. Parfois, il faisait le coq, le cheval, et tout un bestiaire qui parfois surprenait dans son originalité Sterlann, tandis que sa mère et sa sœur commençaient à vouer à l’encontre du père une pitié mêlée de haine. La mère de Sterlann n’avait jamais travaillé, et trouvait très difficile, depuis ces années, de devoir accompagner quotidiennement son mari. La sœur, quant elle, était une véritable pimbêche. Une forme de saloperie incroyable, presque tout à fait laide, qu’une perfection de la peau, et des tenues très aguichante, lui donnaient l’impression de plaire et de séduire. En gros elle jouait la petite salope, et elle avait pu dégoter un garçon de vingt cinq ans, qui travaillait dans un fast-food du centre ville, en attendant de gagner une compétition de surf, discipline dans laquelle il n’est pas déplacé de dire qu’il n’avait aucune chance.
           
Tandis que Sterlann commençait à se masturber devant son écran, sa sœur fit immersion dans sa chambre. Son surfeur la suivait de près. En bas la mère de Sterlann calmait son mari :
_ « Vas tu te taire, vilain chien !! Coucher !Coucher je t’ai dit ! »
 
A ce moment quelque chose se brisa dans l’esprit de Sterlann, et dans son corps aussi. Sur l’écran, Eva et Kim jouaient avec un double dong long d’un mètre, ce qui excita profondément le surfeur d’eau douce et la sœur de Sterlann qui ne fit même pas cas de l’état d’excitation de son frère.
 
Le cri de la mère fut net, et exprimait une douleur tranchante. La sœur descendit en vitesse. Sa mère gisait au sol dans un bain de sang, la gorge ouverte, et le visage griffé. Elle eût à peine le temps d’accompagner son  dernier souffle lorsque son père lui surgit et lui pris le cou à pleines dents.
 
Le corps de Bill Putagan était désormais recouvert d’un pelage de loup.Ses dents s’étaient allongées singulièrement. Le surfeur fut bouffé de la même manière, croqué avec la même folie animale, quasi monstrueuse.
 
Sterlann contemplait son père du haut des escaliers. Il le trouvait beau au centre des trois corps gisant.
 
 
 
 
Sur l’individu, sans le social
 
 
De la performance au quotidien ou la mécanique huilé de soi
 
"Ne soyez pas lâche avec vos actions, ne les laissez pas en plan, le remords de conscience..." F. Nietzsche
 
            Je suis toujours surpris d'imaginer le long et parfait déroulement d'existences quotidiennes, qui de jour en jour s'ordonnancent harmonieusement, ne souffrent pas des chutes aléatoires d'arrachement à soi, peaufinant une forme d'idéal individuel.Ces existences sans zones de turbulences. Cela d'autant plus qu'aujourd'hui rien n'est plus donné comme destin à vivre. Si le destin reflue avec le tragique, il érode cependant l'être, et défait le jeu de l'immobilité homéostasique. Le zen a quelque chose à voir avec la photographie_ celle ci n'étant plus une image_rapportée au cinéma art vingt-quatre fois moindre selon Godard sur le critère de la célérité, et témoigne davantage de la signification d'un moment, le coup de poing sur la table, l'épicentre d'autant de chemins de traverses, l'invitation à l'aventure bannie. La performance sous tend la perfection, qui elle même est miroir de la vie, car en effet la nature est bien faite, et l'étonnement de Simmel sur la possibilité de la société, de Montesquieu sur la persitude, confirme qu'aussi douloureux le corps, aussi triste la route, aussi absurde en apparence quand on s'écarte, ou recule un peu, un peu trop, comme un bohémien, le monde, l'univers retient, fameux contenant, ventre apaisant, de la mort contre soi, du suicide :"c'est comme ça et les choses vont". Tant de parcours aujourd'hui comme célébration de la vie, contre tout, et parfois contre soi-même, parfois contre le monde.
            Comment se fait-il par exemple qu'on puisse s'organiser de telle sorte que ce que l'on désir accomplir, ce que l'on projette, la mort du fantasme guettant, s'effectue? Si l'on joue, que perd t-on quand on gagne ? Que perd t on quand on ne perd pas? Et joue t-on d'ailleurs vraiment ?
 
            La performance au quotidien,  première évocation de Guy Moyen
 
            Les choses sont simples. Le vent est sec, mais le temps météorologique importe peu, il s'intègre parfaitement à la vie quotidienne, il ne contrecarre pas les projets, ni les actions. Nous voulions courir au bois de Boulogne ce dimanche matin, il pleut à ce point que nous resterons faire du vélo d'appartement. Nous pourrions même sortir finalement, protégé d'un couvre pluie, et sentir l'eau, les éléments.
            La vie est réglée. Si bien qu'on s'attend même à l'inattendu, il fait parti du quotidien. L'évènement est appréhendé, c'est un long travail d'attitude appris sur le tas, car nous apprenons tous sur le terrain.
            Le travail comme activité de formation de soi, et d'argent gagné. L'argent n'est pas un problème, là aussi l'accommodement au mode de vie fera l'un regardant et économe, mais toujours consommateur, tel un personnage du théâtre français d'après guerre : "Je resterai là jusqu'au bout, je consommerai jusqu'au bout, sans cure, jamais.", l'autre dépensera sans compter. De la frustration du pas très riche à la prodigalité du très riche, il y le jeu avec les autres, leur voiture, leurs caddies, leur villa, leur compte en banque. L'individu gère sa vie, son stress, mais gère avant tout son argent, le rouge bancaire n'étant pas étranger à  un état psychique limite. Etre dans le rouge comme le sang des artères qui vient rythmer à grands coups le tambourinement du cœur. Café et cigarettes d'abord et avant tout, mais pourrez si vous le voulez user de cocaïne, cette forme agressive  d'accomplissement, ce vieux fantasme de fin de siècle, être à l'aise, en mettre plein la vue, déborder d'être, vivre enfin la tout puissance, comme un enfant abruti par les jouets des étalages. "Mais tu n'auras jamais tout, contemporain, pas du moins à ce jeu là."
              Longtemps l'homme ordinaire, il faudrait lui trouver un prénom et un nom, qui ne soit plus l'anonyme Dupont ou Martin, peut-être Guy Moyen, passa pour  le dernier bougre, contre modèle de non épanouissement, de la vie tranquille, et plate, bien loin des héros romantiques. Aujourd'hui, un nouveau modèle, peut-être fictionnel, de l'ordre de la pensée-image télévisuelle se façonne en même temps qu'il en tue un autre. Porter l'héroïsme au quotidien est l'une des incroyables intuitions de Alain Ehrenberg, sociologue et philosophe des mutations, des coins sombres. L'injonction kafkaiënne "faire le négatif" amène à se pencher du côté des stades, de la télévision, des drogues. Le problème c'est qu'il est difficile, en se rapprochant, de ne pas échanger les similitudes, de ne pas reconnaître la plénitude de l'autre. Guy Moyen est avachi dans son fauteuil. Il nous regarde. Effaçons nous, pour le mieux façonner.
 
Il n'y aura plus de vie facile
 
 
            Il est un trait propre à la jeunesse, et notre société  peut faire penser à une "société de la jeunesse", à une jeunesse "difficile", qui est de se croire au dessus de tout. Défaut d'humilité, et de raison qualifieraient les comportements. Mettons des noms, collons des étiquettes : "le jeune de banlieue" comme figure. Le jeune dans sa souffrance produit un paradoxal hommage à celui dont il ne pensait pas avoir un jour à faire un modèle. La difficulté à vivre, la vie qui ne va pas de soi, autant de thème centraux de l'adolescence mais qui la déborde, irrigue le social, vont jusqu'à en faire une pierre de voûte contemporaine. Beaucoup de jeunes à casquettes n'ont qu'une rage qui déçoit les théories de la culture, et des migrations, qu'on étouffe, qu'on boucle, une seule rage, celle de n'avoir pas la vie facile. Mais il n'y a plus de vie facile. Une vie facile : évidence du métier, évidence du conjoint, du déroulement du temps. Eclatement des structures pour diffusion du doute. Une vie urbaine aujourd'hui : stress, risque de dépression, bruits, visages, gens.
Une vie lustrée, polie de toute part, avec le juste mal dont on s'accommode. Ce qui forgeait s'est évaporée.
Les premières conséquences sont tirées et font référence aux pauses de l'existence. Ce sont les pauses toxicomaniaques de l'intensité du moment. 
        
La chute du ciel
 
            Il n'y aura plus de vie facile. L'injonction à la maîtrise se porte sur deux pôles très tendus et très précis, extrêmement exigeant.  Le pôle de la présentation de soi et de sa mise en scène publique. L'identité aujourd'hui plus qu'hier dépend d'une conjoncture de situation, et fait de chaque interaction une confirmation/infirmation de soi. Le  corps est le grand gagnant de l'affaire, celui qui revient sur la scène publique. Puis la "philosophie de vie de chacun", réflexion agissante de soi à soi, de soi à l'autre, de soi au monde, à travers les ténèbres de la mort et l'exaltation. De la tyrannie de l'altérité au doute métaphysique, tous les pans du cogito remuent et sont abordés dans leur superficie, leurs slogans. A la profondeur se substitue un travail général approximatif de tenue et de gestion de la platitude et de la hauteur.
             Il faudra comprendre ce qui s'est passé quand les hommes ont commencé à s'envoyer en l'air et à apprivoiser le ciel. La montgolfière constituera un premier pied de nez aux élévations monastiques en branle. mais au début du vingtième siècle commencèrent les objets volants. L'avion puis les fusées marqueront l'ultime signe d'un apprivoisement du ciel, et de l'univers. On va sur la lune et plante le drapeau, incroyablement. mais tout cela d'une part se paierait chèrement et relevait de tout sauf du merveilleux et du rêve. "Le fait capital de l'individualité au cours de la seconde moitié du vingtième siècle est la confrontation entre la notion de possibilité illimitée et celle de l'immaîtisable."(Ehrenberg, La fatigue d'être soi, p.290). Le drapeau comme un point d'ancrage dans l'impossible, et l'illimité de l'univers. Plus bas, les pavés de Paris volèrent pour interdire d'interdire. De jeunes hommes et jeunes femmes, étudiants et révoltés, portaient haut Rimbaud et Artaud. Puis, parait-il qu'on baisait dans les couloirs.
            Quelques années plus tard, mouvement inverse, comme un regret, on sautera des falaises, à l'élastique. Le vingtième siècle comme ascenseur. Le corps comme ancre de l'univers.
 
                BAD LIEUTNAN
 
 
            Le lieutenant du mal. Le diable, mystérieusement évacué des gorges pures et bleues des prêtres, je parle des anciens, des faux, je parle de Don Camillo, et je parle des nouveaux, le diable ne tient plus, ne fait pas le poids, face à Dieu. Mais le mal; lui, refait surface_comme s'il était sous-terre_dans les années 80. Naissance du Sida, et cagnote pour Le Pen, rejeté de la politique comme une mauvaise idée, puis revenu grâce aux gros sous d'un, comment dire, sympathisant. 
La sociologie se penche sur le berceau du pourceau, de manière neutre, et le dégoût dans les dents . Doucement, sur les militants. Alors comprend-on, juge t-on, est-on complice, faut-il en être ? C'est soi cela, soit prendre le "parti"de n'en pas parler, alors que pourtant...
 
            L'histoire électorale de la 5 ème République a vu s'affronter, a fait s'affronter lors de ses présidentielles deux tendances, une tendance rouge, et une tendance bleue. Ce fut une tendance lourde.  Vint une tendance rose et une tendance rouge, et bleue. Il manque un peintre pour décrire la coloration symbolique qui a modulé la France durant cinquante ans. Il manque un peintre pour avec la télé couleur,  revoir le visage défait du Général. On faisait le pitre, quel courage, non, quel courage, et votre femme, votre bras droit humanitaire, rose n‘est ce pas.
                Les peaux colorées, les visages brillants de lumière, ils vinrent nous sauver. L’Afrique vient avec son achalandage de tams tams et de danses. Il nous ramenèrent de celle ci la gloire passée, formidable amoncelis de gras. Le Noir pris en pleine face le dégoût de soi du Blanc. Cela vint comme une charge. Les écrivains, les artistes, les philosophes vivent avec le souvenir du classicisme grec, celle de Platon, et d’Aristote, celle du Moyen-Age
            Il faudrait un Rimbaud pour coloré les époques comme il colora les voyelles. Antiquité, blanc. Moyen-Age, marron; Modernité, gris, Post modernité, transparent.
 
 
Exorcisme (poésie du corps)
Corps qui n’attend plus, aux formes toutes fondues
Deux mouches fatiguées de n’avoir pas vécu,
De tes assises aux rats_ où saigne l’incendie_
Signent pierres  à pierres l’avenir maudit.
 
Faut-il un œil bien détendu pour voir ce combat là !
 
Corps à maladie, ça se pète en mille éclats
Et la nuit, quoi ! Le jour ne convient pas,
Sourdre par trop de bruit,le pas danse de belle voix
 
Corps à méconnaître, corps qui sent le chat
Corps aux cris de mouches, corps debout, corps qu’on couche
Corps que je n’attends pas, corps bon à renaître
 
Corps ou ne pas être !
 Corps aux champs de blé !
Corps peint, corps sculpté jusqu’à l’éternité
Corps libre ! Dans miroir! Eclaté!