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Roman, Nouvelles

Elle a mis sa main sur ma braguette et j’étais tout bizarre. Avec les filles, je le répète, je n’ai pas eu un succès fou jusqu’à présent. Je ne suis pas moche, j’ai même un visage bien et un physique correct, mais je n’ai pas trop le sex appeal, le truc qui les tombe toute quoi, je ne dois pas avoir les yeux qui comme on pourrait dire, sentent la chatte, mais ce doit aussi être la manière dont je me représente les choses, je ne sais pas trop, et puis mon intention n’est pas au départ de collectionner les femmes, parce que chaque séparation veut dire une douleur supplémentaire. Et puis j’ai tendance à négliger mon apparence physique, entre autres choses. Le fait est que l’occasion s’est présentée, et je n’ai pas trop hésité, enfin je n’ai pas eu le choix. Mon fantasme était là tout cuit. J’allais confronter la réalité avec la longue préparation de mes fantasmes et de mes désirs. Alors c’était marrant, et moi j’étais comme dans un état de grâce, je me demande même si à un moment je ne me suis pas dit qu’enfin, j’avais bien fait de ne pas me suicider, ou de faire des conneries comme de me piquer avec une seringue d’héroïne, ce qui m’a toujours beaucoup tenté, ou bien draguer une nana de 16 ans, mais quoi, je ne suis pas assez artiste. J’avais bu juste ce qu’il fallait pour bander comme il faut, tranquillement, même plutôt bien. Bander c’est une inquiétude, ça ne devrait pas, c’est une inquiétude quand même. Je suis un paysan, mes grands parents avaient un élevage de cochons. Mon père qui était le second fils, a fait de l’informatique et m’a passé le virus. Il s’est mis en ménage avec une belle infirmière de qui il a divorcé et qui est morte et qui est ma mère. C’est la douleur de ma vie. J’ai pleuré quelque jours, et je me suis dit depuis que je serai toujours un peu triste, qu’il me manquerait toujours quelque chose. Finalement, plus je vis, plus je me dis que ce monde est cruel et je pense vraiment que la mort en constituant la fin et le repos éternel, n’est pas à craindre, c’est même l’idéal et mes seules inquiétudes à ce sujet concernent l’utopie qui se profile à travers elle, l’utopie du repos éternel, et donc de l’éternité

"les livres, c'est un truc de paysan, ou de campagnard, c'est Truffaut qui m'a fait penser à ça. moi je n'ai pas été publié pendant longtemps parce que je n'avais pas vraiment le temps de peaufiner. C'est bizarre que Zoo soit sorti le premier car ce n'est pas moi qui l'ai terminé, il ont été à trois ou quatre chez L.., ils y ont travailler six mois, quelques heures par jours, ce qui moi m'était impossile avec mon job
j'ai vite compris que la littérature n'échappait pas à la vulgarité suprême...ce qu'on appelle de manière cavalière la réalité,la poésie du quotidien, etc. 
souvent je me suis interrogé sur ma plus value, sur ce que j'avais de plus ou de moins que les autres, et puis j'ai aussi mis du temps à comprendre ce que je dois bien garder secret,"

Sur le cahier de Paul, il y a plein de tâches de sang juste où sont inscrit ses lignes. Il y a également des croûtes de ce qui ressemble à de la morve. Je me demande comment il prendrait le fait que je fouille et rend publics son passage, ses textes écrit à Prague. 

"
deux blondes se succèdent dans mes fantasmes devant le magasin de souvenirs
entre elles et moi, il n'y a finalement pas grand rapport
et dans mon état
je ne suis pas bien certain
d'avoir un rapport bien affirmé avec qui que ce soit


je suis très heureux
car mon histoire commence à ressembler 
à celle des grands maudits
que j'aimais quand j'étais petit

"

ai écouté Dominique A "oui en secret, en secret"





 

il a passé trois jour à l'hotel Mucha, à quelques centaines de mètres du centre historique. Le recetionniste se souvient d'une journée où Paul n'est pas sorti de sa chambre et l'a contacté pour que ne fasse pas le ménage. Je ne sais pas quoi penser de cette journée.
dans Dexterité, écrit à Lyon, chez Florent Dessalin, il a écrit " J'ai fait le point sur le temps que je pensais perdu : cinq heures par jours pendant dix ans. La technique est entrée dans ma vie avec l'idée de mettre tout en branle, et elle y est parvenue. Télévison, Internet, jeux videos, tout cela comble le vide qu'aurait pu combler la littérature. La seule différence est le manque de sublimation des nouvelles technoligies, telles que je les utilise du moins. Ce monde trop libre a porté l'individu à vivre soit sur la mise en valeur sans cesse renouvelée et commerciale de soi, soit dans des trous d'airs de désublimation et de clochardisation soft: je suis de la deuxième catégorie, celle qui vaut aussi pource que les analyste ont appelé des artistes sans oeuvre.

 
. Il ne voulait jamais sortir, ou alors pour aller au restaurant. Il pretextait toujours un travail en cours, d'une manière très vague, comme pour nous détourner de son occupation précise. Nous savions tous qu'il écrivait, mais il préférait parler d'article à vocation scientifique ou technique, il ne supportait pas l'idée de parâitre comme un artiste ou un écrivain. En cela, il devait profondément ce détester. Mais peut-être ne se pensait-il pas écrivain, ça n'est pas très clair. A la lecture de ses Confessions, nous avons tous compris qu'il passait un temps fou à ne rien faire, à attendre, ou à perdre son temps comme il écrit dans "La vie perdue dans l'écran". A une époque, je sais qu'il passait ses nuits entre la Playstation et les films pornographiques, en fumant de l'herbe, et qu'il écrivait des poèmes ou des morceaux de textes pour de laver de ce temps vain. Il était paniqué à l'idée de ne plus écrire, c'était comme d'un myope d'aller dans la ville sans ses lunettes. Il a du croire, ou comprendre à un moment, que l'écriture était un faux semblant, un mensonge sur lequel il avait bati sa conception du monde. Or à jouer sur les deux tableaux de la poésie cachée et de ses emplois de consultant ou de chargé de mission, il a souvent penser devenir fou, mais surtout il a rêvé mille fois, de reprendre sa vie depuis le début, sans cet engrenage, qui l'a conduit à disparaître aujourd'hui, pour nous perdre, nous qui le prenions pour un écrivain de classe moyenne.

30 degrés dans la cuvette. Allemands, Anglais, Espagnols, Russes, Français, envoutés par la beauté des femmes transpirant en faisant mine de porter à l'architecture un intérêt esthétique_au loin La Petite Musique de Nuit cogne le corps de Paul, malade de soleil exaspérant_et photagraphient et figent l'indignation suprême à être laid. Et chacun se demande comme celle-ci vit, et comme celle-là va, où, et pourquoi. On ne fera pas l'amour ce soir mon canard, car nous avons épuisé nos liqueurs, et notre libido se métamorphose doucement, entre un cimetiète juif, et le grand couronnement. Il y a écrit, sur le journal de Paul :
"On m'envoit ici peindre l'Europe, là où je ne vois que le monde, la foule toujours envieuse d'une communion esperée".
Paul a disparu depuis maintenant trois semaines. Je suis à sa recherche.
Entre un barrage de flics et un portail fermé
Et des murs pour me guider vers la liberté
 Les gardes surgissent et vont m'emporter
 Je ne suis pas mort puisqu'ils vont m'emporter

 Vers un nouvel univers où tout sera changé
Nous irons sûrs et nous pourrons fumer
Notre esprit sera lavé
Nous aurons quitté les lieux pourris
 Les petites vies ! Les petites vies !
Aux esclaves séchés

Et nous serons ravis
De tout recommencer.
“_J’ai bien essayé d’écrire sans shit, mais je n’y arrive pas. A l’instant où je frappe ces lignes par exemple, j’ai fumé un pétard, et j’ai descendu quelques whisky, et fumé un nombre de cigarettes qui ferait mal à toute la flopée de suiveurs et d’arrêteurs de cigarettes, parce que vous savez… le cancer. Bon voilà ce qui est bien mal entamé pour un roman, de toute façon, ce n’est pas mon intention. Cette semaine j’ai lu l’horoscope parce que je recherche un travail, oui vous voyez un peu le lien, et bien je me suis trompé de signe, encore que ...alors on disait je ne sais plus à qui, enfin on les prévenait cette flopée de, non pas de jeunes, non pas d’ouvriers, non pas d’intermittents du spectacles, non, on disait,je me demande si on ne disait pas ça au sagittaire, oui on leur disait  (j’aimerais déjà avoir écrit cinq cent pages, c’est le but quand même de montrer, nous aussi qu’on est capable de pondre des pavés, et pas seulement de les lancer, bon c’est minable comme jeu de mot je sais, oui, velléitaire que vous êtes tous les sagittaires alors attention parce que si on lit un gars de la Sorbonne, le projet, le projet c’est très important, il le dit mieux que moi, c’est son métier, il le dit, le projet, c’est devenu central, qui a des projets, ton projet? Ton projet, ton avenir, demain qu’est-ce tu fais et après et à moyen terme et à long terme hein qu’est ce que t’as prévu de faire à moyen et à long terme, là tu as quel âge, vous avez quel âge, et dans dix ans, ah ah ah ah oui hein, ça fait bizarre quand même hein, non, oui, d’y être un peu plus près, enfin non, non je ne suis pas d’accord avec ça, on ne suit pas une ligne qui va d’un point à un autre, je peux, tu peux, il peut bien mourir demain, non, si , bon, alors j’ai raison, qu’on ne fasse pas le coup de la raison, car la raison c’est ça on peut mourir demain, enfin si bien sûr la raison ça veut dire que l’on fait comme si on allait mourir statistiquement c’est à dire qu’on allait mourir par exemple, je suis velléitaire, oh non de non, enfin bref, oui alors, les clochards les charclots, les clodettes, les paillettes, les stars et tout ça sans la moindre trace de hash, encore que les deux qui sont passés là tout à l’heure  avec qui j’ai mangé s’étaient enfilé une doudouille, aille ouille ouille, peut être que ça me revient dessus comme ça, sans prévenir, ola, la pire des choses quand on écrit c’est d’avoir cette petite voix, vous savez enfin j’espère vous que vous ne savez pas, cette petite voix qui dit : regarde comme on te regarde, ça c’est pénible, il faudrait oublier le lecteur, enfin écrire différemment, aller plus vite encore moi la j’essaie d’aller vite ça va un peu n’importe comment, pas du tout posé quoi, un peu de la merde aussi, pas perdre le fil, je l’avais je l’ai plus, ça durera ce que ça durera juste le temps de rebander, bah oui je vous ai pas dit, tiens confessions c’est pas mal ça, ça m’ennuie beaucoup d’écrire un livre qui sera sans doute moins lu que celui de loana ou que celui de lio, encore que ma dernière rencontre avec Léon Zitrone fut formidable, ça n’a rien a voir, juste pour vous dire que je connais quelques personnalités, oui, Léon et Loana, c’est deux filles bien, enfin des femmes, avec Loana, on a mangé au Mcdo vite fait il y a  longtemps je crois elle n’était pas encore connue, enfin bref, je dis enfin bref comme ça, ça me fait penser à quelqu’un mais j’ai la flemme de vous le dire (oui je sais que Léon n‘est pas une femme), et puis je n’en ai pas le droit, c’est un secret professionnel, c’est con, très con parce que j’ai écrit un truc qui me plaisait et surtout il devait y avoir soixante et quelques pages et puis j’en ai perdu trente, surtout des pages importantes, guillaume descendait en Espagne et tout et tout, il s’était arrêté dans une villa et tout, une villa d’un ami bourgeois, et il avait piqué des sous, s’était fait arrêté a la gare et le flic chargé de l’interrogé l’avait relâché parce que le guillaume avait un air du frère du flic, frère mort dans un accident de voiture conduite par... le flic, donc scène de quasi psychanalyse dans le commissariat puis première rébellion du flic de sa vie, le chef, je sais pas disons le commissaire il a écrasé sa gueule et le Guillaume est reparti en Espagne, et oui, a la frontière, il dort dans une usine en ou plutôt un entrepôt en ruine, et il rencontre un noir qu vend des montres, et des cannes à pêches a la frontière, et il sympathise bien, jusqu’a ce que le noir et la je m’arrête, je sais plus, il lui pique rien, il est pas la, il part, il disparaît sans rien dire, le Guillaume ne comprend pas, il est déçu, oui il est déçu le Guillaume, bon je ferais un copier coller pour vous en dire plus sur lui et comment il est parti, sinon avec Guillaume c’était la deuxième partie du truc quoi, la première c’était P.F., celle la je l’ai cette partie, je crois du moins, alors voilà, j’en était donc à Guillaume. Il y a Paul, il y a Guillaume, et il faudrait encore quelques personnes vous voyez, il leur arrive plein de truc c’est fou ce qu’il y a faire et même a laisser faire, il y a toujours un tas de truc, c’est des conneries tout l’histoire du vide et du néant, faut vraiment rien voir, tout ce qui pense au nul et tout ça, vraiment, il voient rien, rien du tout, je me demande si ils ont peur d’être déçu ou quoi, de voir le théâtre partout sans arrêt et l’opéra aussi et les gens qui chantent comme des pieds mais c’est mieux que des bottes encore que, oui, c’est formidable de voir le monde complètement péter, alors je me demande si je vais pas aller me coucher parce que ça devient grave de parler de ça, je sais pas c’est quand même pas la télé qui invente ça, non, il y a bien des gens qui se cognent dessus sans arrêt, c’est ça ou quoi, on se fritte la trogne, c’est pas des bagarres a coup de poing, ni a coup de haches c’est des bagarres a coups de fusils, de grenades, de bombes, le  monde finira par péter si ça continue, je vous jure, c’est vrai non, vous ne croyez pas, vous que c’est possible, a la la la ça va vite vite vite, vous ne croyez pas vous que le monde puisse péter, c’est bien possible, oui, qu’il éclate le monde, je dis pas forcément avec un cocktail, mais je sais pas, avant longtemps, enfin d’ici la me direz vous, il y a le temps de se passer des choses, on a encore le temps de se gagner une ptite coupe du monde, de se taper quelques comment dire enfin vous voyez bien, encore le temps aussi de rencontrer du monde, de passer du bon temps merde, de marquer le monde nous aussi mince, avant que ça casse, on sait jamais, on ne sait pas, autant mettre comme une bouteille a la mer, non je veux dire, donner un signe qu’on est la quoi, pas passer à côté, gueuler un bon coup aussi, même pour jouer ou rien que pour les embêter un peu ces cons, oui pace que le monde pourrait se diviser en deux sphères celle de la connerie et celle de la pas-connerie, alors quelquefois on est con mais si ça dure c’est pas bon faut éviter quoi, faut dire stop, enfin je me sens pas visé, encore heureux, oui ça va péter et ça me fatigue du coup rien que d’y penser, alors alors, alors voila :

Les premiers venus (début de la haute saison)

 

A la fin du siècle, Mathilde a dix-sept ans. Son cousin, Matthias, qui a vingt ans, va pour l'été travailler dans l'hôtel particulier des parents de l'adolescente. Elle prend l'habitude, de neuf à onze heures, juste avant sa première vacation, d'aller se baigner et se chauffer au soleil, nue, dans la petite crique à quelques pas de la résidence. Elle s'y rend par un sentier et c'est durant le trajet qu'elle ôte sa petite robe d'été.

Les rebonds de ses fesses qui se cognent rendent un hommage au soleil. Leur accord se joue de sa lumière. Mathilde, à l'arrière saison, a joué un petit peu avec les traces et, car elle est sensible aux charmes de l'esthétisme du corps, fleur sensuelle qui naît sous ses propres yeux, accompagne ses mouvements d’une conscience qu’elle aime dissimuler. Elle avait pris soin de colorer sa peau de sorte que nue, le soir, le contraste entre son corps hâlé et la blancheur de ses seins, et surtout de ses petites fesses rondes, l'habillait presque. Elle avait bien vu, au plissures de ses fesses et de ses jambes, à l'arrière un léger dégradé qu'elle allait s'amuser, de jour en jour à faire disparaître, en rétrécissant  ses tenues, en passant du maillot une pièce dont la trace était d'un érotisme troublant, au slip et soutien gorge, au bikini, puis au short court, puis au tanga, puis au string , puis aux ficelles, s'amusant parfois à ne porter qu'un haut, pour retenir ses seins qui claquaient contre l'eau quand elle plongeait, les sentir serrés par le tissu mouillé. « Si la perfection doit venir un jour, ce sera cet été  avait-elle pensé », alors qu'elle était assise, au bord de la falaise, sur le chemin de ses journées, le tout premier soir de la saison, laissant ouverte sa fente, tandis que les premiers arrivants se faisaient entendre un peu plus loin derrière. Elle avait pour elle l'océan, et elle fit comme un pacte en promettant au soleil, de l'autre côté, d'être là et de suivre son rythme, de lui vouer un culte charnel et spirituel. Elle se leva, ôta quelques brindilles de ses fesses, et parvint à l'accueil, où son cousin présentait les lieux à un jeune couple hollandais


 


 

Mathilde s'est retrouvée seule dans sa chambre. Elle avait pris l'habitude de se contempler dans le haut miroir offert par sa grand-mère à sa communion. Mais le regard qu'elle porta sur son corps fut ce soir là bouleversé. Le désir de retrouver le couple, et d'accueillir à nouveau les trois anglais était brûlant d’un flux profond au cœur d’elle-même. Et cela transforma son visage. Elle sentait bien qu'elle était passée par quelque chose qui la marquerait. Elle avait confirmé le pacte avec le soleil. Elle ouvrit la fenêtre, un vent régulier dégageait le ciel pour le lendemain, dans une lumière d'éclipse, qui donnait des reflets sur la mer d'une coloration sanguine.

http://xhamster.com/
Entre un barrage de flics et un portail fermé
            Et des murs pour me guider vers la liberté
             Les gardes surgissent et vont m'emporter
            Je ne suis pas mort puisqu'ils vont m'emporter
 
            Vers un nouvel univers où tout sera changé
            Nous irons sûrs et nous pourrons fumer
            Notre esprit sera lavé
            Nous aurons quitté les lieux pourris
Les petites vies ! Les petites vies !
            Aux esclaves séchés
            Et nous serons ravis
            De tout recommencer.

http://www.eroxia.com/

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Jean Gorzar, après L’Air Rance, se jette d’une falaise du Finistère. 
Paul avec Guillaume au téléphone :
_« Ecoute…Vu comment les choses se passent réellement par rapport à ce qu’on avait projeté avec Jean, je préfère t’envoyer une sorte de journal, je ne ferai pas de photos non plus, peut être des dessins, on verra… »
 
Paul traversa la rue
Et la vie et la vue
Paul a le réel
Paul a la part belle


http://www.kodiefiles.nl/movie/
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            Paul traversa l’avenue. En voiture une femme. Ils s’échangent un regard : chacun attend de l’autre un signe. Allait–elle s’arrêter et ne pas écraser l’espoir de Paul : aller d’un côté à un autre ? Ce fut comme une grande découverte : Paul figé, enfin défait de ses affectations, avait devant lui l’image de l’amour perdu et retrouvé. Elle avait souri et c’est ce sourire qui allait perdre Paul. Tout autour de ce sourire, une terrible fleur du centre du visage touchant Paul au cœur, ses diaboliques éphélides, le mouvement fou de son cou : tout en elle avivait le désir. Et puis la malice au faîte, elle leva la main à hauteur d’épaule et l’ouvrit tendu vers l’autre bord, l’aurore, qui attendait Paul. Il fit des pas qu’il ne maîtrisait plus qu’à peine, abasourdi, comme revenu d’une tempête, et traversa la rue, et autres choses encore

ça a été enfin... c'est faire que les choses rime à quelque chose. L'avantage c'est qu'il n'y a pas de travail, c'est le côté assez sublime et très à contre temps de tout finalement, je veux bien qu'on dise ça m'a donné du fil à retordre mais ça dure quoi... cela dure un quart d'heure, peut-être une heure, ou alors quelques minutes par çi par là, et encore.

la roman c'est très différent, même la nouvelle, cela demande quand même un travail considérable, quand il s'agit surtout de relire, de retravailler, que l'histoire tienne un peu debout. Le cinéma c'est déjà une organisation d'entreprise; on peut commencer un poème en sachant qu'on va crever le lendemain, pas un film, ou alors on s'appelle Eustache, ou des gens comme ça. La peinture, je connais assez mal la peinture, mais ça pourait se rapprocher de la poésie, mais par pour toutes les peintures. Je crois que la honte de la poésie tient à cela.

(extrait d'Eclats de Coeurs)

 

 

 

Entretien avec Jean Gorzar, de Julien Vogel de DNA, 5 decembre 2000

 

 

 

 

_Vous publiez coup sur coup L'échine brisée, L'ère du temps, L'inactivisme...Comment expliquez cette soudaine explosion ? Quel sens donnez-vous à cette reconnaissance?

 

 

 

 

_ D'abord je crois que tout cela arrive un peu tard. Je veux dire que l'Echine brisée est un roman écrit dans les années soixante, au tout début des années soixante. C'est soixante-huit préparé du point de vue des marges. C'est l'histoire, du moins je l'ai écrit comme ça, je l'ai achevé comme ça, de l'amitié de deux étudiants, l'un issu des classes populaires, l'autre issu des classes bourgeoises. C'était un souci davantage de sociologue que de romancier, même si j'y ai mis la forme du roman. Précisément parce que de formation philosophique je voulais rompre avec une tradition universitaire, ou plutôt devrais-je confesser, puisqu'on confesse à tout rompre et je n'y échappe pas, je devrais dire donc que le roman s'est imposé, il s'impose d'ailleurs désormais aux gens plus facilement, trop facilement disent certains, et je ne suis pas d'accord avec ce point de vue élitiste, mine de rien, comme si il fallait être quelque monstre pour écrire, je crois qu'on en  a trop fait avec les génies, déjà cela complexe, imaginez le nombre de jeunes gens qui n'ont pu écrire depuis Kafka, du moins ceux qui l'ont lu, et encore, les critiques sont là, avec en tête un panthéon incroyable. Alors pour ce qui est l'Echine brisée, on l'a en quelque sorte sortie du placard depuis mon film, qui lui est un petit film, un document... Oui... C'est différent pour l'ère du temps qui marque mon retour à l'essai, sur le temps, mais là encore, c'est comme une photographie d'une certaine époque, sans doute lié à l'avant guerre, je dirais qu'il s'agit des premiers pas de la mondialisation économique, c'est pour ca que c'est une charge, du moins qu'il a été lu, accueilli comme une charge contre une forme de capitalisme, même si vous savez combien je tourne en dérision ce terme... L'inactivisme est un traité, je l'ai écrit pour moi, c'est peut-être l'ouvrage le plus impudique... Mais le sens que je donne a ça, vous savez, je me passe du sens plus souvent qu'on ne le laisse croire, c'est vrai que la reconnaissance universitaire vient, mais je ne l'ai pas cherché, mon souci depuis quelques années est fondamentalement politique, il est réactif, c'est à dire que les textes que je ponds maintenant viennent comme des coups de colère, des sautes d'humeurs devrais je dire. L'inactivisme, je l'ai écrit dans les trains, pour les différentes conférences que je donnais, c'était une forme de discipline à laquelle j'avais décidé de m'astreindre. Il est né de ma rencontre avec les jeunes de la revue.

 

 

 

 

_Ces jeunes qui paradoxalement vous fascinent... Vous le dites à plusieurs reprises, cela se sent dans la revue...

 

 

 

 

_Cela choque parce que ....j'ai voulu incarner, peut-être suis je en train de réussir, une forme de rébellion, j'y étais contraint, et cela encore finit par s'imposer, des ruptures...je ne vois rien d'autre. Et il y a cet inversement. J'ai souffert, moi, plus jeune, de ces drôles de rapport.

 

 

 

 

_Mais est-ce Paul Fréval n'en souffre pas?

 

 

_Il faudrait lui demander !

 

 

 

 

 

 

_ Cette haine de la souffrance...

 

 

_Oui, vous aimez ça?

 

 

 

 

_Mais la condition humaine...

 

 

_Connait pas.(...). Je ne pense pas que l'écrit mérite une once de souffrance. Moi dès que j'ai commencé à avoir mal, à l'université, dans le roman, ailleurs, je suis parti. Et je partirais encore quand j'aurais mal. Mais je ne nie pas l'existence de la souffrance, il ne manquerait plus que ça! Il y a les choses très importantes de la vie : être heureux avec sa compagne, avec les amis voilà des choses qui me semble importante, important aussi les conditions d'existences, manger, boire, fumer de temps en temps, cela me paraît important : c'est le quotidien...Alors tout le monde souffre tranquillement, ca vient (on dit en anglais to come pour dire aller mais aussi jouir!). Je me dis que j'ai eu la chance d'être de la génération de ceux qui ont vécu 68, mais je n'ai pas participé aux mouvements, pas au mouvement visible du moins, et si j'étais un peu honnête, c'est à dire sévère envers moi même, je dirais que mon quart d'heure de célébrité (qui n'est d'ailleurs pas un concept mais une expression bien trouvée, pour moi la plus belle oeuvre de Andy Warhol) mon quart est venu parce que précisément j'étais à côté, je n'est pas été contaminé par l'esprit de mai. Je ne l'ai pas été suffisamment pour qu'on m'y confonde...

 

 

 

 

_Les preuves sont pourtant accablantes !

 

 

 _Vous me faîtes plaisir en disant cela... Mais non, j'étais ailleurs, le livre rouge, je l'ai lu cette année!!! Marx, je l'ai lu dans les années 80 ! Au début il y avait le cinéma, ca n'a pas marché, Rohmer m'a coupé l'herbe sous le pied, pareil en philosophie. J'avais le cul entre deux chaises...

 

 

 

 

_Vous êtes imperturbablement sévère avec vous même.

 

 

_Je m'impose une discipline, ne vous inquiétez pas trop pour moi !! Je suis peut être mystique, la sévérité c'est une forme de narcissisme version classique, non pas moderne, mais classique.

 

 

 

 

_Revenons à ces publications.

 

 

_Ecoutez j'en suis très heureux, bien sûr. Mais je trouve que cela arrive tard, je m'attendais à autre chose. Lacan, disait de mon père : votre fils sera un grand rêveur, il vous vengera... Il parlait de l'holocauste dans laquelle ma belle famille a péri...Il m'est arrivé de me penser comme un fantasme de Lacan ! C'est devenu à un moment le ronron, Pasolini, qui était un personnage totalement improbable, avait trois idoles : Marx, Freud, et le christ ! Truffaut avait Balzac et Chaplin! Godard en avait un paquet lui, énormément, je crois qu'il a té le plus fort en terme de croyance, oui, Godard est sans doute celui qui a cru le plus religieusement, et c'est pour ça qu'il a fait A bout de souffle... (...)J'ai écrit un chapitre sur lui dans l'ère du temps et je me demande si ce livre n'a pas été publié parcequ'il nous a quitté. C'était il est vrai  un hommage sans fard à Godard, un hommage avant l'heure. Parce que je l'ai vu une fois, et cet homme m'a plut, énormément, je l'ai trouvé sincère...admirable

 J'aurais voulu voir publié L'échine du temps au moment ou je l'ai écrit. Je dirais même que j'aurais du l'écrire en ligne, comme Thomas Pallat l'a fait. Bien sûr au moment où j'ai écrit l'échine, le Web n'existait pas. Mais j'aurais pu et j'aurais du y penser si j'avais été artiste. Car j'avais vu, et tout le monde avait vu le film de Clouzot sur Picasso, et ce qu'on a accepté pour la peinture, on a eu de la peine à l'accepter pour l'écriture. Déjà il y a quelque chose d'irréel quand Céline se fait interviewer sur sa chaise, et gueule sur son chien. C'est à la fois surréel et démythifiant. J'avais vingt trois ans quand j'ai écrit l'Echine. Il est lu maintenant parce qu'ai écrit des textes dits importants plus tard. Alors je ne rentre pas dans les conjectures, mais je comprends Pallat quand il dit : la poésie est ce qui n'est pas lu, pas vu, pas pris, ce qui passe à côté, la poésie n'est pas sociale comme la littérature. Asocialité de l'art, sociétalité des formes d'actions littéraires. Voilà pourquoi ce n'est pas un art. Voila pourquoi la littérature n'est pas un art. Mais c'est là et c'est comme ca. 

 

 

 

 

 

_Vous consacrez à chapitre à l'écriture, littéraire, et les plus surprenant, cinématographique. Je dis le plus surprenant parce que les traitez au même niveau de votre point de vue de philosophe, ce qui n'a pas manqué de susciter le rejet d'une partie de l'université...

 

 

 

 

     Alors je vais commencer par la fin de votre question, je trouve cela bon qu'il y ait des réactions, vous connaissez les formules habituelles à ce sujet. Ce qui m'ennuie  beaucoup, c'est l'indifférence au bout du compte qu'il suscite. Je me suis longtemps demandé dans les années quatre vingt, au moment où on ne voulait pas me lire, où on ne voulait surtout pas entendre parler de nous, je pense à mon beau-frère Jensonitch, et à ceux qui se faisaient rejetés des institutions. Je crois que personne n'a compris, jusqu'à la mort de Bourdieu, non pas même la fin d'un modèle d'universitaire, donc d'université, en France, mais encore d'un éclatement fondamental des modes de production du savoir. L'université s'est ouverte, et s'est tuée; c'est ce que je dis moi, c'est un point de vue, et autre chose encore, un discours je propose pour une histoire à court terme, c'est aussi ma manière de me légitimer, si seulement je ne différenciais pas ma personne de mon travail. Or je la dissocie. Je veux dire je dissocie mon métier de ma vie, en tant qu'elle lui est supérieure, qu'elle l'englobe. Sans mon travail, je peux vivre, au moins un temps. Je ne dis pas que je peux me passer de mon métier puisque je passe une partie de ma vie à créer de conditions favorables à ce que je puisse l'exercer. Cependant alors que je ne peux pas me passer de  vivre, pas même quelques secondes, alors que je peux passer trois mois chez moi, à traiter de publicité, ou encore à rêvasser sur une plage. Alors voilà, dans les années quatre vingt, la question devenait "est-ce qu'on peut être à l'université et aller à la plage, je me demandais à la sortie de la bibliothèque : "est-ce que je peux aller me baigner, est-ce que c'est mon genre d'y aller ?" c'est la question de l'article de Paul Fréval "sous les pavées la plage". Voilà encore un exemple du formidable abrutissement dans lequel sont plongés les chercheurs aujourd'hui (ils savent d'ailleurs qu'ils ne se sont jamais fait reconnaître leur statut de chercheur, où que si les sciences humaines pouvaient espérer recevoir le statut de sciences humaines, la légitimation ne pouvant provenir que du marché, des entreprises. Le jour où les sciences humaines seront science, c'est une autre société qui fera jour. Et la il faut désormais se défaire de notre attitude face à l'histoire. Voilà la conception partagée par l'historien le plus grand et par l'élève moyen, donc le citoyen moyen : "une société peut se faire entrevoir, une société laisse peu à peu la place à une autre, on appelle cela transition par analogie au transit intestinal, procédant d'une vision organiciste de la société". Moi et d'autres avons dit non. Nous partions de deux postulats. 1. revisiter les points de vue historiques. Inventorié les paradigmes du changement des sociétés, et en trouver d'autres. 2. une société change effectivement, en acte, et il est possible manipuler ces symboles. A coté, il y a une part de tragique, de destinée, il s'agit désormais à son tour prendre en main, rendre humaine la part tragique.  

 

 

D'où le cinéma. Pourquoi le cinéma et pas le théâtre. Je viens du cinéma plutôt que du théâtre. Ensuite, il y a une formidable homologie entre l'histoire des sciences humaines et le cinéma. Tous le deux sont sollicités dans les années 30. Cela est ensuite le fait d'hommes.

  

 

_Un mot de l'Alsace...

 

 

_ je pense à ma troisième année d'université là bas, en lettres...Je ne sais quelle idée m'avait prise, j'étais inquiet de devoir être à la fois un grand écrivain et un grand universitaire ! Je me disais à chaque fois que je manquais un examen : "c'est parce que je suis un grand ecrivain", puis lorsque la même année on me refusait des textes, je me disais, c'est parce que je suis un grand universitaire. Enfin je n'étais pas si bête, je me rendais bien compte de la folie de ce dilemme. Je connaissais l'adage populaire :"ne cours pas deux lièvres à la fois". Et en même temps ca rentrait dans mon optique personnelle, c'est à dire la multidisciplinarité. J'étais fasciné par ceux qui portèrent plusieurs casquettes. En même temps j'ai toujours su que seule une activité régulière au sacrifice des autres pouvaient donner quelque chose de grand. Puis tout ce passe presque malgré soit, encore que je vois comme fondamental ce qui se trame dans les désirs, les erreurs aussi, de jeunesse. Puisque d'elle on exige tout, puisque sur elle repose l'espoir. C'est pourquoi j'ai souvent invité les jeunes à devenir vieux, à rester jeune le moins longtemps possible. Je vois le fait d'être adulte comme le statut suprême. Voilà, Strasbourg c'est la ville où j'ai décidé d'être adulte, c'est la ville qui m'a fait adulte. C'est pourquoi je suis parti, vous comprenez...

 

 

oo
Le narrateur, Thomas Pallat, est étudiant en philosophie. Il va dans les bars, et les boîtes, la nuit. C’est une forme de compensation à ces fréquentes ascèses. On pourrait dire qu’il est « mal dans sa peau ». Il tombe amoureux rapidement, parfois par éclairs. Il n’arrive pas à entretenir des relations limpides aux autres, du moins c’est ce qui l’inquiète. Il pense trahir son groupe d’amis, en fréquentant Paul, qui est plus âgé, et donne des cours à l’Université. En Edwige, il voit une forme de sœur, qu’il s’interdit d’aimer. Leur relation est ambiguë, mais elle est forte. Il ne sait pas ce qu’Edwige pense de lui exactement. Pour lui, cette relation est révélatrice de ce qu’il vit avec les autres.
Par l’intermédiaire de Paul, il va faire ces premiers pas dans l’écriture, grâce à la proposition du directeur de la revue Pari(s), Jean Gorzar.
Il part avec Vanessa Le Mer en Bretagne, pour faire des photographies. C’est avec elle qu’il a sa première expérience sexuelle. Un tourbillon érotique le mène jusqu’à deux jeunes voisines. Il découvre la sensation de puissance.
            A son retour, il reçoit une lettre d’Edwige qui a quitté la France. Il est blessé par Maxime, qui lui reproche de ne pas se comporter comme un ami. Il apprend par téléphone la mort de Claire, qui était son amour d’adolescence. Jamais il n’avait su séduire Claire. Il l’avait trop rêvé, il la voulait trop. Il avait joué avec ce désir, en se trouvant des barrières_ des excuses,avec mauvaise foi. Maintenant qu’elle était morte, il est perdu.
Il était mort avec. Et pour revivre, il fallait être un autre. Mais pour être un autre, il fallait tuer celui-ci. Et pour cela commencer par venir à lui_ ou le devenir.
Paul part à New-York. Il part avec la mission d’un reportage pour la revue. Il s’agit de produire un texte documentaire sur Stephen Walch et Liza Wold,deux artistes américains. Mais le voyage en avion va profondément perturber Paul. Il est fragilisé comme un adolescent, lui qui maîtrisait si bien son monde. Il éprouve un vif désir érotique pour une hôtesse de l’air. Il reconnaît Liza sur une revue durant le vol. Elle était dans sa promotion, brillante, belle et tellement lointaine.
A un carrefour de New York, il marche et en traversant une rue, il perçoit la conductrice : c’est Liza.Ils s’échangent un long regard pénétrant. Elle devient son obsession.
...

PC Hébert (aux coins des autres), roman, est téléchargeable sur artsolid

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On m'appela au téléphone de la chambre d'hôtel à sept heures. J'avais à peine dormi. Edwige gémit comme un petit chat.
            _Stephan Walch à l'appareil... Vous êtes bien Thomas Pallat?
             La voix me troubla d'abord. J'étais fatigué. La soirée avec Edwige s'était prolongée. Nous avions fait l'amour. Ce fut bon, après dix ans, de s'enlacer. Et nous nous étions retenus. Alors la levrette s'acheva dans le tremblement de nos corps enfin accouplés, et la sueur d'Edwige m'était apparue, et son cul, comme les trésors millénaires et dorées du plaisir.
            _Oui...
            _Je souhaite vous rencontrer...
            _C'est au sujet de Paul ...
            _Oui... Attendez vous à être très surpris... Je vous appelle parce que Paul m'a beaucoup parlé de vous... De votre manière d'être...assez... artistique... Voilà comme le plus tôt serait le mieux, pouvez-vous me rejoindre devant l'hôtel dans une heure?
            Comma la voix me plaisait, j'acceptai. J'avais Edwige nue et ouverte, les seins blancs. Et Stephan Walch m'attendait sans doute avec la belle Liza que Paul avait voulue. Je descendis les escaliers avec la suspicion d'un rêve. Je croisais une jeune fille splendide, puis un autre, une auto m'attendait, la porte s'ouvrit, je montai.
 
            Nous avancions dans l'avenue, je crois qu'il faisait nuit. Le ciel s'était assombri; la voiture roulait comme sur le tapis d'un studio. Comment le moteur d'une autocrash peut-il être si doux : il y avait une colombe adolescente dans la jaguar noire. Souviens toi de ces visages blanchis, de nos vampires, souviens-toi, mon ami, de tes terreurs_ les cris d'enfants de Sombre, les cris d'enfants de Sombre. Je reconnu la voix de Walch. C'était une voix qui m'attendrissait, comme la première voix, celle qui résonne dans nos têtes en d’étranges moments durant notre voyage sur terre, enfin claire, notre mort peut-être, ou bien sa voix, son écho, l'éternel scintillement du temps.
            _ Nous allons sortir de Manathan...
            Walch jeta un coup d'oeil sur le passager, à sa droite, puis vers moi. Il m'adressa cette phrase :
            _ « La situation peut vous paraître étrange... Nous allons rouler jusqu'à notre base... tu sauras tout par la suite... »
 
            J'avais ressenti de la gêne au départ, puis rapidement, sans connaître mon chauffeur, ni son passager, je m’y fis, faisant le pari du rêve. C'était l'habitude du nouveau monde, de voir des visages défiler, de sauter de fragments en fragments. Je croise tous les jours, comme toi peut-être, des ouvreurs de portes. Je me fais à ce monde, je n'ai plus peur des mouvements. Jean Gorzar avait raison, foutrement raison, l'anarchie avait fait ses petits "il m'arrivait de rire d'un dieu si désordonné : tout sans dessus dessous, lui même dérangé, l'époque, mon époque ressemble au piège d'un démon reptilien, sans queue, ni tête : c'est qu'il faut, disait mon amour, au moins l'un des deux !". Le monde me rappelle parfois les boîtes de nuit : l'ivresse, les cartes de crédits, la musique à fond les ballons, les parades, l'amour, la douce réverbération des liquides contre les parois de nos intestins, les ventres, les gorges, les toilettes, salies, ou sucent et sont sucés bouches et bites.
            _ « Vous connaissiez Paul ?
            _Paul, oui.
            _C'était mon ami. C'était mon frère. Je ne serais pas venu si vous ne m'aviez pas parlé de Paul. Mais... les témoignages, les hommages, même si pour les vivants c'est formidable, c'est même très bon parfois...sur le compte de Paul... non... je veux souffrir sa mort...vous comprenez... »
            _Il n'est pas du tout question de cela.
            _Je préférais que ça soit clair. La clarté vous savez...
            _Oui oui.
            _Tu sors avec Edwige ?
            _ Oui. Tu sors avec Liza ?
            Il y eut un silence, Walch jeta un oeil, assez longuement sur le passager. Puis il se reprit :
            _C'est ma soeur...
            Jamais deux sans trois :
            _ Je ne savais pas. Elle est vraiment très belle.
            Nous ne croisions plus de voiture, nous nous approchions de résidences, de pavillons, il y avait des arbres, le passager ne parlait pas, il se moucha juste, puis nous arrivâmes face à un barrage de militaires et de policiers. Les lumières m'aveuglèrent, le visage du passager apparut dans le rétroviseur, je reconnu Liza. La nuit brutalement était tombée. Nous passâmes, nous enfonçant plus avant. 
 
            Il y eut un second barrage. J'avais dormi. Le soleil se levait. Liza reposait sa tête sur le haut de mes cuisses. Elle se réveilla, se releva et m'embrassa sur la joue.
            Walch parlait dehors avec un policier. Il donnait l'ordre de n'ouvrir à personne avant ce soir, à l'heure qu'il donnerait. La barrière se leva, la voiture avança sur une étroite route bordée de sapins et de deux murs de cinq mètres de haut. Un portail gigantesque, au bout d'une dizaine de kilomètres.
            _ «  Thomas, tu peux monter à l'avant. Tu comprendras... C'est une règle ici, les nouveaux venus doivent être à l'avant, c'est une des grandes règles du Old World. »
            Je me laissai porté. Je n'avais plus de mémoire. L'instant était essentiellement présent, ni encombré des projets, ni de l'histoire. J'aurais pu me souvenir d'Edwige, de Manhatan, de la route : rien que le présent nu, et le portail. Il devait toucher le ciel, je ne le voyais pas finir. La voiture avança à un mètre de l'entrée.
            _ « Il faut attendre un peu. »
            Walch posa sa main sur mon avant bras. Liza sorti de la voiture, posa la main sur une poignée de cinquante centimètre, en forme de bite, le portail s'ouvrit doucement et peu à peu se dégagea des formes oniriques.
 
            Mon dieu, je ne pourrais dire si le moment était aube ou crépuscule. Liza entra avant nous. Puis notre voiture avança complètement.
            _ « Tu peux descendre et suivre Liza, elle va t'amener jusqu'au hall. Je vais garer la voiture. »
            Je proposai, descendant, de fermer le portail. Walch acquiesça :
            _ « Ah oui, si tu veux, merci. »
            La voiture avança dans la cour immense du Old World. Je me tournai vers le portail, à peine ouvert. Je pris la poignée phallique et forçai sans que le portail ne se referme. Je regardai alentour, espérant une aide. Je pensai que Liza pu traîner tout près. Je fus pris d'impatience. Jusqu'alors, Walch et Liza m'avait accompagné et je m'étais laissé porter comme un enfant. Je fis quelques pas à l'extérieur des murs, puis les longeais, avançant avec l'air obstiné de quelqu'un qui sait où il va. J'avais marché longuement, sans voir la fin. Je revins sur mes pas, le portail était fermé. Le soleil se levait. Je me décidai à partir. Mes hôtes m'avaient manqué d'attention. Je comptais une heure à pied jusqu'au premier barrage. Je marchais d'un bon pied, je sentais se durcir mes jambes échauffées par ma visite du mur. Je n'avais pas bu ni manger depuis l'hôtel, peut-être deux jours avait passé, je n’avais ni faim ni soif, quelque chose me rassasiait. Je ne voyais déjà plus le mur, à peine dans le petit jour s'élevait à mes yeux le haut portail. Quelle guigne tout de même de n'avoir pas su l'ouvrir ! L'erreur était de m'être proposé alors qu'il m'eut suffit de suivre. De se laisser porter, comme tant de fois, par le cour des évènements. Aller de sorte dans tous les sens : embrasser la globalité par la totalité, le monde en sa surface, et sa superficie. Je me senti proche, plus que jamais, des philosophes. Et de Gorzar : "Trace ta route mon ami, suit obstinément ton idée : il faut savoir ce que l'on veut et si l'on veut. Ne t'abaisse pas au remords, ni à la fatalité."
            Je me mis à courir follement le long du chemin vers la sortie.
             "Sais tu seulement où tu es, as-tu vu les mur qui longe ta route ?
            Il existe un endroit réalisé, le siècle, et ce fut le siècle du cinéma ; il se moquera bien de tes talents cachés et de tes désirs enfouis! Le fantasme est la bourse des cochons ! Ne garde rien! Le temps est venu de gonfler tes muscles, de muscler ton cerveau et de muscler ton esprit (sexe) : dépense ton esprit à fond : dépense-toi! Dépense! ".
            Le soleil était impérial, la chaleur s'intensifiait. D'un coup une torpeur m'envahit. Je posais un genou sur la route. Un filet de bave tomba sur mon torse. Je regardais derrière, puis devant puis doutant du devant et du derrière, j'eus l'envie de fuir, de n'être pas la. Je commençais à rager et à pester contre Walch et Liza. Je les retrouverai et je me vengerais. Je me vengerai d'ailleurs de tout, des douleurs que le monde m'avait infligées. "Je me vengerai de tout " soufflais-je. C'est à ce moment qu'une brûlure me pris le bras puis la jambe. Puis le dos. Mes joues, mes joues se mirent à gonfler. J'aperçu une voiture, un homme noir et un homme blanc descendirent, en costume sombre. Je devinais leurs armes, leur cruauté et leur bêtise, l'immuable et la suprême cruauté. Mais je n'étais pas mort. Ce ne pouvait être possible de mourir maintenant. Pourtant les lâches m'avaient tiré dessus. Les hommes courraient vers moi, brutes, pour m'achever. Je sentais peu à peu mon corps s'envoler, un voile blanc et des voix bouffées. Des bourdonnements : "_ Il a fait du chemin, comment est-il arrivé la ?".         
             
Entre un barrage de flics et un portail fermé
            Et des murs pour me guider vers la liberté
             Les gardes surgissent et vont m'emporter
            Je ne suis pas mort puisqu'ils vont m'emporter
 
            Vers un nouvel univers où tout sera changé
            Nous irons sûrs et nous pourrons fumer
            Notre esprit sera lavé
            Nous aurons quitté les lieux pourris
Les petites vies ! Les petites vies !
            Aux esclaves séchés
            Et nous serons ravis
            De tout recommencer.
 
            _ « Thomas... Thomas?
            _ Saint Thomas ! L'histoire des saints n'est pas oubliée, mais quand même, des structures entières, des pans de notre mémoire se sont affaissés...Nous avons participé à l'écroulement d'un tas d'histoires, on s'est même posé la question des histoires... Est-ce que je suis comateux?
            _Non non, vous avez perdu connaissance... Vous ne vous êtes pas nourri, vous n'avez pas bu... Une voiture vous a amené jusqu'à l'hôpital... Mais les deux personnes sont reparties aussitôt.
            _ Je suis abîmé ?
            _Non, vous avez quelques rougeurs...
            _Ils m'ont tiré dessus ...
            _ Des abeilles, vous avez été attaqué par un essaim, vous avez une dizaine de piqûres, vous avez eu beaucoup de chance... »
 
            Je n'étais pas vexé. Cela valait mieux que des balles. Ah! Le fabuleux déroulement d'images, notre cinéma intérieur ! Notre cinéma intérieur s'était enclenché. Et ce n'était pas seulement des images, le corps enfin participait : j'avais ressenti jusqu'au bruit perdu du tout début, le commencement des temps. L'état d'étrangeté, puis l'effleurement, peu à peu, l'approche douce, d'une douce puissance, de la conscience. Je vis un monde angoissé, formidablement, finalement, intelligent. Pourquoi là-bas rient-ils ? Que fêtent-ils? Et qu'ont-ils de si précieux qu'ils leur faillent, sans cesse, regarder ce qu'il ne faut pas perdre ? Nous n'avons jamais rien craint d'autre que notre oubli, l'émergence d'un monde surélevé, plat comme une assiette_ car savez vous que le monde est peut-être plat. Ils sont laborieux et travaillent à leur vie. Leur angoisse est si pointue, affinée, c'est l'angoisse technique, qu'elle s'est transformée, et perceptible, perceptible elle est dans les coins les plus subtils de la vie, parfois les coins foutus : vous ici? Je vous croyais au zoo.
            L'hôpital était essentiellement blanc. Blanche l'odeur et blanche la douleur : je connaissais l'endroit depuis le début. Chirurgiens, médecins, directeur d'hôpital, infirmières, kinésithérapeutes : ma famille. Les vieux, les vieilles douleurs : le lot commun, les habitués donnaient ensemble aux lits, aux murs, à l'ambiance le rythme. J'étais là étranger. Je compris peu à peu que des attentions spéciales m'étaient accordées. Je tentai de deviner mon interlocutrice. Sa voix me rappelait ses mouvements, et son infini, et sa beauté (corps-fesses). Foutu d'une flanquée de dards, je jetai mes yeux comme on tire ses dernières armes. Je ne m'acharnai pas sur mon amour propre. Et je pris peu à peu l'allure d'un dieu blessé, grec et beau, revenu d'un combat contre des monstres mythologiques. Les abeilles de près m'apparurent bien plus somptueuses qu'un couple de bras droit armé, tout juste bon à exécuter les ordres d'un autre ne pesant pas Thémis, ne valant pas Jésus et aucun autre gros bonnet des directions des affaires humaines, comme si toute élévation__ je parle de grandeur, de monopole, n'avait d'autre lieu que l'inhumanité. Les rayons du soleil merveilleusement passèrent vitres et yeux, l'idée, peu à peu d'une renaissance, illumina le visage entendu. Le travail charriant tout de la mémoire, nos rivières, nos mers, nos gouffres, notre pesant d'or, Céline m'apparut : je savais que je n'étais pas mort, je respirais.
            Mes paroles s'envolèrent. Je parlai comme autrefois j'avais parlé quand j'avais bu. Je lâchais des choses. En vrac mon amour pour elle, mon amour d'avant, mon arrivée à New-York, "mon amour, cette formidable solidarité", "la gêne qui m'avait pris de la croiser, dernier espoir qu'elle fut du monde passé", Paul, la nouvelle vie, ses mensonges, ses divagations, Céline, sa beauté, sa beauté non de dieu, l'être, les intellectuels, les armes, les abeilles, Edwige et Stephan, le Old World.
            Céline, en fait me connaissait davantage, ou plus méthodiquement que je ne la connaissais (c'était une connaissance sensible de l'ordre du coup de tonnerre). Céline connaissait Edwige, Paul, La Rochefoucault, Gorzar, elle avait connu Guilaume en écrivant une fois pour Pari(s) et elle m'avait recherché.
            _ « Thomas, tu es le dernier à avoir vu Paul. A ta sortie de l'hôpital, dans une semaine, je t'amènerais au Old World. Nous entrerons tous les deux. »
            Céline vint tous les jours, elle m'amena le troisième jour un livre de Gorzar paru chez un éditeur new-yorkais. Je posais d'abord l'enveloppe marron qui contenait le livre sur la table de chevet et lui demandait où elle l'avait trouvé.
            _ « Mais tu ne le regardes pas ?
            _Est-ce que Paul est vraiment mort ?
            _Je ne sais pas... Gorzar en tout cas, est vivant.»
 
           
Le petit livre de Gorzar nous était dédié, à moi et à Céline. Un drôle de livre écrit comme sur un fil. Rien d'une cathédrale, un petit feu qui brûle et qui dure.
 
Paul, ivre, avança jusqu'a une fenêtre de sa chambre. Il y avait la ville. C'est que toute sa vie sa mémoire s'y tenait. Puisque ses yeux regardaient. Il s'était levé gravement de sa chaise, le geste était beau. Paul était seul. Il ne ressentait pas cette solitude. Il passait dans sa tête, sa tête était partout, ses muscles réfléchissaient le sentiment des vies. C'est comme s'il entraient dans l'intimité de tous les vivants d'un coup, inattendu, il passait par la fenêtre. Paul compris tout et tomba, raide, il bavait blanc. Il y avait ces écrits à côté. Ces oreilles se refermaient. Peu à peu les sens se perdaient. Paul ne vit plus. Il entendaient des échos bourdonnants de voix. Il ne voyait plus Liza. Il avait dans la tête le malheur incarné. Il sentait son corps comme il était lors de la conférence de presse, il avait le visage comme au restaurant, il y avait la haine pour la vie qui l'avait humilié. Il n'y avait pas d'amour. Il n'y avait pas ce pont vers l'autre rive. Paul je l'ai dit était la conscience. Paul se savait la victime d'une terrible injustice.
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